La péripétie

Mardi 30 janvier, nous quittons Mazatlan, le seau de notre toilette sèche sur le toit coincé dans une des roues. Ayant eu besoin de l’utiliser dans la matinée, je l’ai nettoyé dans l’océan. Demi-tour rapide sur un boulevard en plein Mazatlan, disant à Laurent, je crois avoir entendu le seau tombé du toit, nous rebroussons chemin guettant les bas côtés. J’aperçois au loin un homme traversant la route pour ramasser quelque chose… c’est le seau, mon seau pensais-je…vite, je demande à Laurent de s’arrêter, pas le temps d’attendre que l’Escargot s’arrête totalement, c’est urgent, je cours auprès de l’homme qui est rentré dans la voiture en essayant de dire en espagnol et en geste : « es mi …. » Comment dire seau…, pas la peine, il a compris, il me le redonne et je le remercie : « Muchas gracias »  … et dans ma tête: si tu savais, ce seau est bien important…Je retourne au camion.

Toilettes multi-usages

Cette épisode introductif me permet de vous présenter dans un concis article l’éloge de nos toilettes sèches. Cela fait depuis plusieurs mois que je voulais écrire sur ce bout de meuble qui prend une place finalement importante dans notre vie de tous les jours.

D’ailleurs, au moment où je vous écris, nos toilettes sont dehors, une gourde d’eau posée dessus, un livre, un crayon de mine, un ordinateur pour l’après-midi. A midi, elle sert de table et au moment de préparer le repas, cela nous sert de table pour couper les légumes. Et que dire, lorsque je pratique l’accordéon, je l’utilise comme siège. En image!

Un acte quotidien banal mais pas si banal que cela en voyage!

Lorsque nous vivons d’une manière sédentarisée, ce qui représente l’état général de nos sociétés occidentales, nous ne nous posons pas la question d’où aller faire nos besoins, les toilettes sont intégrées dans chaque appartement. Il se peut cependant qu’une réparation soit nécessaire du à une usure ou un problème, néanmoins, à ce moment là, nous faisons appel à un spécialiste appelé un plombier généralement que l’on paye pour ses services. Le problème est souvent résolu dans la semaine à venir.

Qu’en est-il lorsque nous vivons en camion? Y avez-vous songé une minute? Comment faire, surtout le matin,ou la nuit, lorsque l’envie nous prend d’aller uriner? En pleine nature ce n’est pas tant un problème, quoique si le temps est mauvais, nous sommes content d’avoir accès à des toilettes facilement et rapidement. En pleine ville, c’est déjà un peu plus compliqué!

Ce meuble crée un réel confort dans notre vie quotidienne car lorsque nous voyageons, nous avons aussi les mêmes envies de faire nos besoins. Pas besoin de nous poser la question de l’endroit où nous dormirons, savoir s’il y a des toilettes ou un endroit bien reculé pour être tranquille, nos toilettes sont toujours disponibles 24h sur 24h. La pelle nous a été aussi indispensable d’acheter au milieu du voyage pour pouvoir enterrer nos excréments.

L’épisode de la perte du seau dans la ville de Mazatlan, me ramène au fait que cet élément si insignifiant dans la vie de tous les jours, est pour moi vitale. Lorsque j’ai, littéralement, sauté du camion pour aller chercher le seau, c’était comme une question de survie, mon cerveau reptilien qui a réagi. Je n’aurai jamais pensé qu’un seau aurait une place centrale dans ce voyage!

Prise de conscience, la gestion de l’eau et des déchets

Surtout, depuis que nous voyageons, nous sommes attentifs et essayons le plus possible d’être conscient de nos actes quotidiens dans la gestion de l’eau et des déchets à bord de l’Escargot. Avec notre bac bleu de 5 gallons, nous pouvons facilement remplir l’eau dans des robinets gratuits (dans des parcs municipaux, provinciaux ou fédéraux, la plupart du temps) ou une borne d’eau payante qui se trouve souvent dans les chaînes de magasins comme Walmart. L’utilisation de l’eau de lac est aussi envisagée pour la douche solaire mais aussi l’eau qui sert à faire la vaisselle (nous la chauffons au préalable). Nous gardons l’eau potable pour la fonction nourricière. Quant aux déchets, nous bannissons les sacs plastiques pour emballer les fruits et légumes achetés, puis nous essayons d’apporter nos propres sacs pour le transport des courses. Lors de notre voyage, cela a été beaucoup plus difficile au Mexique, dans les magasins. Il y a souvent des personnes qui sont présentes pour ranger les courses dans des sacs plastiques et lorsque nous émettions un refus, nous avions l’impression que cela pouvait offenser la personne, qu’elle pouvait le prendre personnellement. L’aspect écologique est très peu pensé dans ces endroits. Aux USA, nous avons pu voir quelques fois, des bacs de récupération de sacs et cartons mis à la sortie des magasins. Toutefois, le chemin est encore long pour une pleine prise de conscience de nos déchets et leur gestion quotidienne.

Nous le voyons bien dans l’Escargot, il est vite facile remplir un sac de sacs qui nous sert principalement à faire notre poubelle, qui se remplit malheureusement assez vite avec les quelques produits industrialisés que nous achetons : café, lait d’amande, beurre, confiture, tisane sont les principaux produits qui remplissent vite une poubelle et le recyclage aussi. Nous essayons de choisir au maximum des produits sans trop d’emballage et avouons-le, il est bien difficile de trouver des magasins qui vendent en vrac sur notre chemin, méconnu encore dans les petites villes et dans bien de grandes villes américaines aussi, plus facile au Canada et au Mexique (dans les marchés).

Pour aller plus loin…

Pour aller plus loin, je vous propose une conférence gesticulée Inculture(s) 8 / L’eau, ça Chie ! Comment amorcer une sortie du capitalisme et sauver la démocratie… en changeant de toilettes !

Cela raconte l’histoire de nos toilettes à eau et de nos tabous, y mêlant histoires personnelles et l’évolution de nos prises de conscience écologiques, et surtout, retrace les étapes d’une industrialisation et marchandisation
de l’eau.                http://www.scoplepave.org/water-causettes

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One Comment

  1. Amusant l’histoire du seau, il faut savoir que dans nos campagnes, dans le temps et pas si lointain, le seau hygiénique avec couvercle était le réceptacle familial, les excréments étaient versés, au printemps, dans la raie de bêchage du jardin ou versés au pied des arbres fruitiers ou à même le sol, il en restait le papier de journal car le papier toilette n’existait pas. En voyageant, bien entendu dans les “camping car” les toilettes sont aménagées, certes mais il faut vidanger, d’où le problème, amusant aussi le chemin en bordure de mer sans issue, erreur du GPS ?

    Papy Pierrot

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