visite d’un Eartship; la maison autonome

Nous étions à Albuquerque pour visiter le groupe de transition local, on voulait également en profiter pour aller visiter la capitale du Nouveau-Mexique par la même occasion, Santa Fe. Le groupe nous dit alors: « Si vous continuez un peu plus au nord vous pourriez aller à Taos, découvrir les constructions écologiques.», « Bonne idée! » On a pris des informations et nous nous sommes rendus compte que les constructions en question étaient les fameux Eartships. (vaisseaux terrestre)

Quand on s’intéresse à l’écologie, au gaspillage et à l’autosuffisance ; ces constructions de matières recyclées se retrouvent rapidement dans les résultats. C’est dans les années 1970 que l’architecte Michael Reynolds eu l’idée de construire des maisons durables faites à partir de matières recyclées, qui puissent fonctionner manière autonome et qui soit aussi à la portée de tous à construire.

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Un Eartship vue de face

À 2h de route au nord de Santa Fe, dans les hauts plateaux de l’état du Nouveau-Mexique, la ville de Taos a un goût des villes où l’on peut rester captif. Dans les petites villes des États-Unis une des difficultés est de trouver de la bonne nourriture, à Taos, c’est 4 épiceries qui sont présentent dont 2 coop de produits biologiques. Les galeries d’art alternent leur place avec les magasins de bien-être, tandis que les camionnettes aménagées sont monnaies courant ici. La présence des Eartship et des visiteurs de part le monde que cela attire doit sûrement y être pour quelque chose.

À 30mn au nord en sortant de Taos nous arrivons à the Greater World Community (communauté d’un monde meilleur), la troisième et dernière communauté de Eartship fondé par Mr. Reynolds. Le terme Eartship est une marque déposé, vous ne pourrez donc pas en voir autre part avec le même nom, mais le terme « inspiré d’Eartship » est toutefois accepté.

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Les étages de pneus font le tour du bâtiment

Cette troisième communauté est le lieu où se trouve un centre de visite, tout bonnement un Eartship que l’on peut visiter avec des explications dans chaque pièce. Le lieu qui représente une habitation standard est faite à partir de quelques 700 pneus usagers. Le pneu est utilisé comme un rempart thermique, remplis de terre, il est une protection idéale contre les différentes saisons du désert. La technique de construction est simple et efficace, les pneus sont placés étage après étage, remplis de terre compactée, faisant que chacun d’entre eux pèse environ 100 kg, les murs sont finis d’abode intérieur comme extérieur. Cela en fait des murs épais et solide.

Un Eartship est une construction qui se veut autonome et qui s’accorde avec son environnement, mais cela ne veut pas dire que c’est réservé à des milieux tempérés ou désertiques, il est aussi possible d’en trouver dans des régions fortement enneigées !

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même des pots hors-sol pour aménager l’espace!

Comme toute bonne habitation écologique, son orientation plein sud favorise un ensoleillement à l’année longue, sa forme en U et la construction du toit permettent de prendre le soleil à basse altitude en hiver et de se protéger de la chaleur en été. Le lieu que nous avons visité possède une baie vitrée tout le long de sa façade, ce qui permet de produire de la nourriture à l’année grâce à l’ensoleillement reçu. En été, afin que ce ne soit pas une fournaise, une ouverture bien placée permet d’évacuer l’air trop chaud.

Afin de nourrir les humains, les végétaux ont besoin d’eau, tout comme nous ; ce qui est un sujet problématique dans les états du sud-ouest américain. Alors que nous visitions l’habitation, je n’ai pu m’empêcher d’être étonné de voir une toilette conventionnelle (à eau) dans un lieu dit écologique. Ce n’est qu’après discussion avec la personne responsable que j’ai pu comprendre combien le système était perfectionné. Oui les toilettes sont à l’eau, mais c’est tout un système de filtration et de récupération qui a lieu dans cette maison. Le cycle de l’eau dans un Eartship comporte 4 phases !

L’eau

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Le jardin intérieur le long de la façade

La première phase, après la récupération de la pluie sur le toit, l’eau est filtrée et sert la cuisine et la douche. L’eau récupérée après la première phase est ce que l’on appelle les eaux grises. Par un système de pompe, elle est par la suite utilisée afin d’arroser les différentes plantations, cela suppose bien sûr que l’on n’utilise pas de produits chimiques pour se laver ou dans le lavabo, mais qui en a réellement besoin ? Dans la troisième phase, après les plantes, l’eau qui est passée au travers sert finalement pour les toilettes !

Pour la dernière phase, une fois que l’on a envoyé loin de nous les eaux usées celle-ci va passer une série de filtres naturels pour finir dans une fosse septique. Mais ce n’est pas la fin de cette 4ᵉ phase, car grâce aux filtres et à un système ingénieux, l’eau devient assez bonne pour nourrir des plantes extérieures qui serviront au verdissement autour du Eartship. La végétation plantée là spécifiquement pour ses vertus récupèrent l’eau. Et ensuite, devinez quoi ? Les plantes transpirent et renvoient l’eau dans le ciel, la boucle est bouclée jusqu’à la prochaine pluie.

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Le système de pompe du bâtiment

Les premiers Eartships étaient faits de toilette sèche, car c’est ce qui paraissait le plus logique. Cependant, il faut vider une fois de temps en temps là où vont nos défections, cela ne peut aller que dans un compost spécial. De plus, il faudra toujours utiliser de l’eau pour vos plantes, intérieurs ou extérieurs. On déconseillera celle extérieur si vous êtes dans le désert et que vous devez utiliser de l’eau propre, mais si celle-ci est sale et que les plantes servent à la filtrer ?

La personne responsable du lieu nous a même dit qu’il était important d’aller aux toilettes et de « flusher » car c’est de cette manière que l’on évitait le débordement des plantes intérieurs (l’eau vient de leur bac), mais c’est aussi comme cela que l’on permet de garder une fosse septique en bonne état, puisque c’est avec le contact de l’eau que peu à peu les matières fécales se dissolvent dans le sol.

L’énergie

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Un panneau électrique comme dans une maison conventionnelle

Un Earthsip nécessite peu d’énergie pour le chauffage ou l’aération, sa construction est étudier en conséquence. Tout comme l’habitation de paille ou de terre, l’épaisseur des murs est importante dans l’isolation, c’est ce qui sert à se garder au frais ou au chaud selon les saisons. Pour être plus précis, en fait on ne parlera pas de frais ou chaud, mais d’une température stable à l’année. C’est là où les constructions dites modernes ont vendu leurs âmes aux matériaux bons marchés, elles sont inefficaces dans leur environnement et ont besoin d’un apport supplémentaire pour avoir cette stabilité (chauffage, climatisation, etc).

 

On a parlé du système d’eau de l’habitation, les pompes nécessitent de l’énergie, mais tout est fournis par des panneaux solaires ou un système éolien. Le principe d’un Eartship repose sur ce statut, il doit être autonome en énergie.

Académie

Même si les systèmes peuvent paraître simple et qu’un des principes du Eartship est que tout le monde peut le faire, cela prend tout de même quelques connaissances ! Il y a plusieurs possibilités quand à venir apprendre à construire un Eartship. Il y a un programme de volontariat où l’on vient pendant quelques jours, semaines et où l’on est logé et nourris en échange d’aide sur une construction. Ce programme permet de mettre directement la main à la pâte et de participer à la construction en vrai d’un bâtiment. C’est toutefois limité si l’on veut savoir tout faire, car en tant que volontaire on vous demandera des tâches concrètes afin que vous aidiez, vous apprendrez des choses qui vous seront enseignées, mais vous ne pourrez décider sur quoi travailler.

Si la construction vous intéresse beaucoup, que vous souhaitiez faire le vôtre vous-même, il existe l’Académie Eartship à Taos. Durant environ 1 mois vous serez entre théorie en classe et pratique sur le terrain à apprendre tous les rudiments d’un Eartship, de la construction du mur, à la mise en place de l’électricité, de la plomberie aux finitions. Cela aura un coût cependant, 2500 $ par personne.

Il est aussi possible de payer pour faire venir une équipe sur son terrain et qu’elle construise votre Eartship. C’est d’ailleurs comme cela que certain s’initie pour lancer le projet de leur pays. L’équipe de biotecture Eartship de Michael Reynolds va un peu partout dans le monde pour construire ces bâtiments autonomes.

Un projet écologique, les bâtiments oui

Le terme communauté est utilisé non pas comme étant une communauté de personnes, mais une communauté de constructions de la même famille. On apprendra au cours de la visite, que l’ensemble du terrain initial de la Greater World Community était la propriété de Michael Reynolds. Au départ, dans les années 90, les lots étaient vendus à un prix dérisoire afin de favoriser l’accès à la propriété, cependant un ensemble de lois, règles financières et taxes ont fait qu’il n’a pu continuer à procéder ainsi. Ce sont maintenant des terrains plus chers et pas forcément acquis par un ensemble de personnes aux mêmes valeurs, alors que l’objectif initial était de créer une communauté de personnes en harmonie avec ce type de construction. On apprend que cela a peut-être un peu pris le bord.

Bien que les constructions reflètent un vrai changement de l’approche architecturale, est-ce que cela change le rythme de vie ? Les lois font que le Nouveau-Mexique est une terre permissive avec ses grands espaces, on verra difficilement un Eartship en banlieue. Bien que les 8 milliards d’être humains ne pourront jamais avoir chacun le sien, l’approche du bâtiment autonome est réellement intéressant et a pour nous sa place dans l’idée de transition. Dès que l’on est sorti du bâtiment on s’est dit ceci pourrait être intéressant d’avoir un Eartship coopératif avec des espaces communs.


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