Transition et technologie (2/3) : la solution par le libre et l’associatif ?

Le premier article essayait de montrer la partie cachée de notre utilisation d’internet, même si on ne le voit pas, l’impact environnemental peut être important. Bien que l’imaginaire sociétal nous dise le contraire, c’est dans notre façon d’utiliser et d’aborder internet que notre impact environnemental est plus grand qu’il ne pourrait être, car il peut y avoir des solutions afin que notre utilisation de la toile soit plus verte.

Un autre point que j’aimerais mettre en avant et qui sera plus vu dans le dernier article de la série, c’est notre rapport aux nouvelles technologies dont internet fait partie. Le mouvement de décroissance questionne depuis longtemps ce point, sans prôner le retour à la bougie que ses détracteurs veulent lui faire porter, un questionnement éthique que nous en faisons est important. Alors que les nouvelles idées sont souvent malmenées, les nouveautés technologiques sont peu remises en question. Il est pourtant important que nous fassions un travail de questionnement si nous souhaitons pouvoir réfléchir la transition sociétale et écologique.

Lors de notre passage au Mexique et en particulier dans la métropole de Monterrey, il y a eu un logo qui a attiré mon attention. Il était présent sur les affiches publicitaires, dans les transports, ainsi que sur des publications municipales ou fédérales. Alors que sa percée n’a pas été franche dans les pays occidentaux, l’application What’s App est un incontournable dans le reste du monde où la téléphonie est moins abordable. La personne chez qui nous logions travaillait pour une entité gouvernementale et même là, leur moyen de communication était par des groupes de cette application.

Là c’est telle application, mais l’exemple serait équivalent avec d’autres apps dans différents pays et compagnies. Internet apporte une nouveauté dans la consommation, bien que nous ayons acheté le produit, dorénavant la compagnie émettrice a toujours un contrôle dessus, nous ne sommes pas totalement propriétaires de ce que nous utilisons. Une solution ?

Logiciel libre, explication technique

logo Inkscape, dessin vectoriel

Tout d’abord qu’est-ce qu’un logiciel libre ? « Un logiciel libre est un logiciel dont l’utilisation, l’étude, la modification et la duplication par autrui en vue de sa diffusion sont permises, techniquement et légalement, ceci afin de garantir certaines libertés induites, dont le contrôle du programme par l’utilisateur et la possibilité de partage entre individus. » source de Wikipédia, encyclopédie libre utilisant le logiciel libre: MédiaWiki.

Un logiciel libre est un logiciel que chacun peut connaître plus amplement, modifier et partager. À l’opposé, un logiciel propriétaire est un logiciel dont l’utilisateur ne peut avoir aucune information ; on ne peut ni savoir comment il est fait, ni comment il fonctionne et encore moins le modifier ou le partager.

Logiciel libre, le principe

Les objets que nous utilisons dans notre vie quotidienne sont parfois un mystère pour nous, ils répondent à la fonction que nous voulons, mais on n’en connaît pas le mécanisme. Toutefois, si on le souhaite, il est possible d’étudier l’objet, de l’ouvrir, le décortiquer, lire dessus, comprendre le principe et finalement si l’objet venait à se briser, on pourrait le réparer. Avec la présence des nouveaux objets électroniques dans notre quotidien, ceci est toutefois de moins en moins vrai. Par analogie, les logiciels libres sont alors comme ces objets dont nous avons un total contrôle.

Logo Firefox, navigateur internet

Si jamais vous utilisez un logiciel libre et que vous souhaitiez savoir comment il fonctionne, il y a toujours une version développeur que l’on peut télécharger pour lire le code. (le code est le langage de programmation utilisé pour créer le logiciel, la mécanique en quelque sorte) Chacun peut avoir accès au mécanisme et modifier le logiciel pour mieux convenir à son utilisation, mais aussi pour faire une construction collective, car chacun apportant sa pierre selon son angle ; le logiciel peut se bonifier. C’est ainsi que vous utilisez le navigateur Firefox, regardez une vidéo avec le lecteur multimédia VLC ou alors que vous lisez un article sur l’encyclopédie Wikipédia.

Cette plus grande accessibilité au moteur du programme permet aussi d’avoir une plus grande sécurité, car contrairement à un logiciel propriétaire, on pourra aussi connaître toutes les fonctionnalités du logiciel, il ne pourra pas y avoir de fonction caché comme une collecte des données par exemple.

Pourquoi valoriser le logiciel libre ?

logo Kdenlive, video production

Pourquoi est-ce qu’internet échapperait à un fonctionnement plus local ? L’utilisation massive d’applications créés par des entreprises devenues les compagnies les plus puissantes de la planète est une des raisons de l’impact environnemental d’internet. Ses applications, tous des logiciels propriétaires, dont le fonctionnement total n’est accessible à personne, ne valorise pas une utilisation éthique et à valeur environnementale. Le but de celles-ci est de faire du profit, non pas de nous amener à être de meilleurs citoyens. Bien que beaucoup d’application que nous utilisons via notre téléphone ou ordinateur nous semble bonne pour notre quotidien, il est bon se mettre dans l’esprit que sur internet, quand une entreprise privée vous donne une application gratuite, c’est que vous êtes le produit.

transition linux free software logiciel libre
Ordinateur sous linux, pas plus compliqué. Computer under linux, no more complicated.

Quant à lui, le logiciel libre se construit sur des valeurs associatives afin de faire grandir la communauté. Si jamais un logiciel me plaît, mais que je voudrais une fonction supplémentaire, je pourrais la rajouter si j’ai les compétences ou la demander à la communauté ; celle-ci pourrait ensuite être rajoutée au logiciel pour l’utilisation de tous. Il est à noter qu’il existe également des entreprises privées faisant des logiciels libres, leur économie se basant par exemple sur la prestation après vente ou la gestion du logiciel.

Un logiciel libre est le fruit d’une communauté, cela veut dire que chacun, informaticien ou non peut y participer. Il n’est pas nécessaire de connaître les différents langages informatiques pour aider, il est possible de participer par le partage du logiciel, l’apport d’idées, essayer le logiciel en version d’essai, etc. Et c’est là que cela devient important pour nous.

Logiciel libre et transition

Nous voulons notre nourriture plus locale, nous souhaitons produire notre énergie locale, nous voulons avoir moins de déchets, nous voulons savoir ce que nous utilisons, alors pourquoi ne voudrions nous pas avoir un contrôle sur les outils informatiques que nous utilisons ?

Log the Gimp, éditeur d’images

Il n’est bien sûr pas question d’avoir 5 000 versions locale d’un logiciel de dessin comme Gimp. Cependant plutôt que de payer un logiciel propriétaire, il est possible d’encourager un logiciel libre. On peut choisir des services offerts par des logiciels libres plutôt que les services des GAFA. En tant qu’utilisateur et faisant partie de la communauté je pourrais exprimer mes idées sur des améliorations plus verte que j’aimerais.

En tant qu’utilisateur d’internet, il y a une chose dont nous avons tous besoins, un accès internet et un hébergement pour les choses que nous mettons dessus. Et c’est là où l’aspect local peut aussi prendre tous son sens. Il existe de nombreuses associations maintenant qui offrent des hébergements valorisant le logiciel libre et avec une charte de valeur allant dans le sens d’une transition sociétale et écologique.

Blender, logiciel 3D

L’économie du web nous a habitué à beaucoup de gratuité, mais pourquoi est-ce qu’un courriel devrait être gratuit ? C’est pourtant dorénavant une adresse tout aussi importante que celle de notre foyer, elle est parfois en référence dans les entités gouvernementales. Veut-on vraiment que nos donnés privés comme les impôts se communiquent via un courriel dont nous n’avons pas le total contrôle ? Il est possible d’avoir un espace chez un hébergeur associatif pour 20 $ par année pour avoir ses courriels et un espace de stockage où l’on est propriétaire. En faisant cela aucune entreprise ne pourra se servir de mes données afin de les financiarisés, mais au contraire j’aiderais une vision de la société qui est dans mes valeurs. Certaines associations, étant sans but lucratif, se donnent comme mission d’offrir des hébergements gratuits à qui ne peut se le permette. Si nous fonctionnons plus localement, ce genre d’organisme pourrait se faire à échelle de quartier et chacun participant, nous pourrions nous offrir un service ou les habitants auraient leur mot à dire, comme pour la gestion d’un parc, d’une rue, etc.

Des pistes de solutions

Depuis quelques années déjà, une association française pour le logiciel libre a lancé une campagne Dégooglisons internet. Le but est d’offrir les services offerts par les plus grandes compagnies privées, mais uniquement avec des logiciels libres et sans but de monétariser derrière. Il est possible de communiquer en équipe, de se partager des documents, d’organiser des rendez-vous et bien plus encore.

Image credits David Revoy pour Contributopia – License: Creative Commons Attribution 4.0

L’année dernière, un évolution de cette campagne a vu le jour Contributopia, une vision pour rendre internet plus éthique sans essayer de faire pareil que les géants du net. De là est née l’initiative CHATONS, un réseau d’hébergeurs associatifs offrant des services répondant à une charte de valeurs. Des hébergeurs offrant comme Framasoft des services en ligne, mais aussi des hébergements plus traditionnels. Le but étant de pouvoir rendre internet accessible aussi au moins technophile.

La vision qu’à Framasoft est réellement intéressante pour un aspect local, puisqu’elle se rapproche de celle d’une AMAP, ou la relation avec l’utilisateur n’a de sens que si elle reste a petite échelle. Basée sur des valeurs d’éducation populaire, les différentes initiatives lancés ne peuvent qu’être encouragé et allant également vers une voie qui nous semble importante : le low tech.

Bonus:

Dans le projet Horizon Transition, nous suivons depuis le début les conférences gesticulées initiées. Il y a quelques mois nous sommes tombés sur celle-ci, qui on pourrait dire est à l’orgine de notre positionnement plus ancré dans ces valeurs technologiques à échelle locale. Voici une excellente conférence qui vulgarise bien le sujet et explique en détail et en humour comment fonctionne internet. On vous la conseille!


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