Complete Street Program: le concept des rues partagées

La première fois que l’on en a entendu parlé, c’était à Ottawa, notre hôte nous avait dit qu’il venait de se terminer la première rue complète de la ville. Une rue qui était adaptée à tous les usagers ; piétons, vélos, bus, voitures. C’est lors de notre passage à Pasadena, dans la banlieue de Los Angeles que nous avons la chance d’en apprendre plus en assistant à une réunion de Pasadena Complete Street Coalition.

L’étalement urbain

Le désavantage des villes américaines contrairement aux villes européennes, c’est que pour la majorité d’entre elles, elles se sont développées après la seconde guerre mondiale. Or, l’économie à ce moment-là était florissante et il y avait un bien de consommation qui était très à la mode : la voiture. En urbanisme, la conséquence que cela a eu c’est de provoquer ce que l’on appelle de l’étalement urbain. Il était si simple de prendre sa voiture et de faire des kilomètres pour aller dans un magasin, puis on pouvait aussi habiter plus loin du centre-ville et avoir sa maison avec son jardin. Sauf qu’en faisant de cette manière tout s’est retrouvé éloigné et ce n’était plus adapté à une échelle de piéton.

C’est en 1971 dans l’état d’Oregon qu’on voit pour la première fois une politique s’approchant de la vision de Complete Street. Il y a maintenant 16 états et plus de 490 juridictions aux États-Unis qui ont adopté de telles politiques.

En 2004, le National Complete Coalition voit le jour, lancé par l’organisme Smarth Growth America et d’autres groupes de défense des droits américains. Le but de la coalition est de promouvoir et développer des politiques et des pratiques favorisant l’accessibilité aux rues pour tous.

Pasadena Complete Street Coalition

Le groupe de Pasadena Complete Street Coalition a vu le jour en 2013 après une année qui a vu la mort de plusieurs cyclistes à cause d’accidents avec des automobilistes. Nous étions une quinzaine dans l’appartement et autant de vélos sur le balcon. Alors que les groupes de transition que nous avons pu voir sont souvent plus âgés, le PCSC n’avait pas de profil type ; étudiants, salariés, retraités et une quasi parité hommes femmes. Un groupe actif qui se mobilise afin de faire des rues de la ville plus sécuritaires pour les cyclistes et les piétons.

Lors de la réunion une membre du groupe raconte sa deuxième expérience de l’atelier de réparation de vélos. En offrant ce service gratuit à la communauté les membres du groupe veulent favoriser le transport actif. Ils organisent également des sorties en vélo et des activités publiques afin de parler du réaménagement urbain aux citoyens de la ville comme lors du Park(ing) day.

On apprendra également que la ville de Pasadena est en train de planifier un réaménagement du boulevard principal de la ville pour augmenter la sécurité. Le groupe milite alors pour que le projet prenne en compte les divers usagers de la route, mais aussi pour que l’artère ne soit pas l’autoroute qu’elle est, mais une destination où se trouvent des commerces locaux.

Le PCSC ne travaille pas contre les politiques, mais avec, afin de construire quelque chose. C’est là où la vision américaine prend tout son sens dans la culture du lobbying, il est important d’essayer de convaincre plutôt de militer contre. Présent dans les différentes rencontres de la ville au sujet des projets de réaménagement, le but est de faire acte de présence, de témoigner et de proposer. Que ce soit avec la ville, mais aussi avec les citoyens.

Complete Street Program

Favoriser l’accès aux rues pour tous à plusieurs avantages : pour la santé, la sécurité, mais aussi pour l’environnement et l’économie. En faisant des trottoirs plus adaptés il y a moins de risques pour les piétons et cela va de même en faisant des pistes cyclables protégées qui réduisent les accidents. Cela peut aussi être de faire réduire la vitesse des automobilistes sur certains axes. Les transports actifs étant plus faciles, plus de citoyens adoptent ce mode de vie et cela augmente la santé publique en faisant ces exercices.

Les transports actifs sont moins polluants que l’usage d’une voiture individuelle, des études montrent que des villes avec une politique forte de CSP, les émissions de gaz à effets de serre réduisent. Finalement, des rues qui sont plus accessibles et sécuritaires favorisent une économie locale en meilleur santé. Il n’y a plus besoin d’utiliser sa voiture pour faire une longue distance, les magasins de proximité refont leur apparition.

L’une des membres du groupe venait de suivre un atelier de deux jours offert par le comté métropolitain des transports de Los Angeles. Celui-ci visait en particulier les travailleurs des villes afin d’expliquer la vision du Complete Street, sa nécessité et comment penser cette vision avec le citoyen. C’était impressionnant de voir le cahier fourni et comment l’accès sur le construire ensemble est important.

Moins de voiture et plus de concertation

Les visions et buts du complete street program ne peuvent qu’être encouragés. Militer pour un transport actif plus présent dans nos villes afin de remettre le tout à une échelle locale est primordiale pour l’environnement. Que les villes et les citoyens fonctionnent ensemble afin de faire ces changements est un besoin pour un retour à une démocratie plus active. Il n’est pas possible de continuer à faire des supercentres d’achats qui nécessitent de prendre une voiture ou de passer 1h dans un transport. C’est les citoyens des villes où se font les changements qui sont le mieux à même de connaître les besoins d’un quartier. Il ne faut pas que la personne de la ville soit un décideur, mais un facilitateur pour la concertation et une aide technique à la réalisation.

La nouvelle rue partagée à Ottawa

Il ne faut pas s’arrêter simplement aux villes et centre urbain, ce travail d’aménagement du territoire doit être global afin de faciliter la circulation de chacun dans le respect environnemental et social qui se doit. Le California Transportation est un organisme gouvernemental d’état qui met l’accent sur cette vision du complete street en créant une boite à outils, cependant dans le même temps il construit une nouvelle autoroute qui vient détruire des terres agricoles et des forêts alors qu’il en existe déjà une.

Bien que la situation nord américaine des villes soit différentes de celle en Europe, le mode de fonctionnement du CSP ne peut qu’être à exporter et à travailler conjointement avec la vision du mouvement de transition.

Notes:

Si cette vision et ce sujet vous intéresse, je vous conseille d’aller sur le site de l’Association national  du transport des villes (USA) qui regorgent de guides et documents PDF à télécharger pour démarrer votre groupe ou expliquer ce que c’est.

En cherchant sur le Canada, j’ai trouvé le site du mouvement Complete Streets pour le Canada avec une carte des villes.


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