Workaway: première expérience dans un ranch

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San Jose Catlle, le premier workaway que nous avons fait avec les récoltes de fraises avant de partir.

Lorsque nous avons pris la décision de partir, nous avions décidé que ce serait un voyage de découvertes. Que ce soit des découvertes de projets alternatifs, mais aussi de personnes et de lieux bien sûr. Ayant travaillé à L’Accorderie tous les deux, l’échange de temps ou alors être dans un principe d’échange de services nous tenait à cœur, nous ne souhaitions pas tout simplement être toujours dans une optique de travail. C’est en faisant quelques recherches et à la lecture de quelques articles que nous avons découvert Workaway ; un site qui allait répondre à nos trois objectifs.

 

Workaway : le principe

En s’inscrivant sur le site de Workaway, vous payez 35 $ pour une personne ou 50 $ pour un couple et cela vous permet d’accéder en tant que « workawayer » à l’ensemble de la liste des hôtes sur le site. Il y en à travers le monde entier. Cela peut aller de la garde d’enfants à New York, s’occuper d’une ferme en permaculture à Mayotte, aider dans un Bed and breakfast en Irlande ou bien dans une écocommunauté au Canada. Nous avons eu aussi un contact avec un hôtel en construction à partir de pièces de vélos, un éco hôtel à Détroit. Les possibilités sont larges, les lieux souvent inédits quand on est un touriste.

Le contrat entre l’hôte et la personne venant aidé est qu’en échange du gîte et du couvert la personne aide,5 h par jours à raison de 5 jours semaine. C’est ce qui est marqué sur le site, c’est une base, mais ce n’est pas toujours comme ça, c’est ensuite un arrangement entre les deux partis. Cela peut être plus une journée et moins l’autre, ou alors plus d’heures simplement ou alors encore des tâches moins prenantes tout au long de la journée. C’est variable et c’est un commun accord entre les deux parties sur ce qui se fera. Un contrat de confiance.

Du côté de l’hôte, ce principe permet à moindres frais d’avoir de l’aide dans la réalisation de son projet ; il faut permettre aux gens d’avoir un espace ou dormir et de la nourrir. Quant à la personne aidante, cela permet d’aider un projet dans ses valeurs, de découvrir de nouvelles manières de faire, mais cela peut aussi être des étapes dans un voyage plus long et d’être l’occasion de faire des arrêts plus longs pour découvrir des régions.

Il y a l’avantage économique, mais dans la philosophie des utilisateurs de Workaway, que ce soit de la part des hôtes ou des workawayers, c’est aussi de faire de nouvelles rencontres et de partager des expériences de vies. Les utilisateurs faisant un premier pas en allant vers cette formule, il y a déjà processus de sélection naturelle qui se fait, ce n’est pas tout le monde qui peut être dans un désir de rencontres, d’avoir des gens plus présents dans leur vie même pour une courte période, de fonctionner en dehors d’un système de rémunération monétaire. En recherchant des hôtes sur le site, il y a beaucoup de choix selon les régions où l’on cherche, on peut choisir le profil des personnes chez qui l’on va. Si cela ne marche pas, il est toujours possible de partir.

Est-ce que l’on parlera alors de « cheap labor » ou pas ? Avoir un travailleur au rabais pour les hôtes ? C’est difficile de se prononcer, cela va dépendre et être à prendre individuellement. C’est aussi beaucoup d’avantages pour la/les personnes venant aider, quand on considère le coût de vie sur place dans certains endroits et les avantages que cela peut représenter. C’est une question que l’on traitera à part, plus tard, avec plus de réflexions et d’expériences, mais c’est quelque chose à garder en tête peut-être pour mettre des limites. Tout comme la question est-ce que le workaway doit être utilisé uniquement pour des projets collectifs ? Est-ce juste de faire pour des projets d’entreprises ou pour répondre à des besoins individuel chez soi ? Ce sont toujours les questions qui se posent également dans les communautés d’échanges de services. Quelles sont les limites ? Ces questions se poseraient-elles vraiment en dehors du système monétaire ? Contraire à un système d’échange, il est possible de vivre de workaway puisqu’on est logé et nourris. C’est une pratique qui vient remettre en tête la question de la valeur travail et de l’importance qu’on veut lui donner. Ce n’est pas tout de suite que l’on aura la réponse, mais garder dans un coin de sa tête ces questions n’est pas une mauvaise chose.

Notre première expérience dans un ranch

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L’enclos, il a fallu soigner 2 vaches qui boitaient.

C’est mi-juin que nous nous sommes dirigés vers ce qui sera notre premier workaway ensemble avec Audrey. Elle avait déjà fait une première expérience où elle était seule, mais moi arrivant nous avions décidés de nous déplacer. Les parents de la personne chez qui elle était avaient justement besoin de deux personnes pour les aider quelques semaines avant qu’une famille s’installe chez eux pour 6 mois. Il y avait de la préparation au niveau du jardin pour être sûr de pouvoir nourrir l’ensemble des personnes qui allaient habiter là.

C’est ainsi que nous nous sommes dirigé vers la ville de Williams Lake, au milieu de la Colombie-Britannique afin d’aller vers faire notre premier workaway. Au San Jose Cattle, chez Karen et Clint Thompson.

Expérience de Laurent

Commençons par la fin ; avoir eu cette expérience avec Clint et Karen aura été pour nous, selon moi, la meilleure entrée en matière dans le milieu du workaway que nous pouvions avoir. Ils ont depuis quelques années l’habitude de recevoir du monde dans leur ranch et cela se ressent dans la facilité du partage et de la mise en confiance qui s’installe tout de suite.

Un peu d’histoire

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Une vue du troupeau

Le ranch qu’il possède appartenait avant au père de Karen, il n’en possède que le quart de ce qu’il avait, mais ils possèdent tout de même environ 400 hectares de terrain. Citadins que nous sommes, la possession de telles terres est dur à se rendre compte. L’histoire de l’Europe se fait depuis des centaines d’années, tandis que celle de la conquête du Canada n’a qu’environ 300 ans maximums et encore moins de ce côté-ci du continent. L’appropriation des terres était différente et le climat peu clément pour les premiers colons.

Depuis maintenant plus d’une vingtaine d’années, Karen et Clint sont les propriétaires du ranch. Avoir un ranch, c’est élever du bétail. Ce que l’on entend par bétail en français, c’est des vaches destiné à la consommation humaine. Lorsqu’on est dans ce ranch, nous ne sommes pas dans l’élevage intensif comme on peut en avoir des images des grosses industries, nous sommes ici dans une production à échelle humaine en respect avec la nature. En fait, même plus que la petite production familiale, les Thomspons pratiquent l’élevage holistique.

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Bouger le sel en suivant le troupeau, cela fait aussi parti du travail. Les vaches ont besoin de suppléments d’iode qui n’est pas présent dans l’eau.

Alors qu’ils possédaient environ 300 vaches, il y a 6 ans ils ont fait le choix de les vendre et d’aller à la Ranching for profits school. Ils y ont alors vu une manière de faire différent. Une manière de faire qui amène une autre vision de son terrain et ses bêtes. Ils sont maintenant toujours propriétaires de leurs terres, mais les loues à des ranchers qui y mettent leurs vaches pour la saison. À ce que j’en comprends, l’élevage holistique pourrait s’apparenter à une forme de permaculture, car c’est un élevage qui se fait en harmonie vaches, sol, vie sauvage, ranchers et vie autour. Même les naissances des veaux sont faites pour être prévues pour qu’elles arrivent au moment où la nature est la plus abondante et qu’elle subvienne aux besoins.

La vie au ranch

On m’aurait dit quelques mois plus tôt que j’allais aller sur un ranch, j’aurais ri bien fort en disant que je n’irais pas dans ce genre d’endroit red neck. Et pourtant… j’y suis allé et je m’y suis plu. J’ai pu apprendre beaucoup avec Clint dans son quotidien au ranch. Quand on a l’image d’un ranch, tout du moins pour celle que j’en avais, c’est les grands espaces, ces plaines interminables ou des milliers de vaches broutent serrées les unes aux autres. Ce n’était pas le cas ici. Le ranch se trouve entre la ville de 150 miles et Williams Lake, dans la forêt ; il y a 250 vaches et 50 veaux et elles sont nourris à l’herbe fraîche tous les jours.

Les barrières

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Il faut parfois y aller avec la pelle mécanique pour refaire les poteaux.

Comme le ranch se trouve en grande partie sur la forêt, il y a des réparations à faire, car de vents violents frappent chaque année la région. Il faut aller réparer les barrières qui délimitent le terrain et les différentes zones de pâturages. On fera cela pendant plusieurs jours, réparer des barrières, arpenter le terrain voir si tout est correct, le cas échéant en replantera des poteaux, refaire les barbelés ou tout simplement enlever des arbres tombés. On s’y rendra en quad, en tracteur, en voiture ; on réparera à la main, à la tronçonneuse et on plantera au tracteur ou à la pelleteuse. Incroyable comment le terrain est grand, inimaginable toute les possibilités que l’on peut voir avec un terrain comme celui-ci ; une éco-communauté, des chalets pour faire comme à Kabania, des trails de courses à pied, tout garder en l’état pour s’y promener, un grand jardin et vivre en autarcie, etc. Inimaginable l’argent que cela pourrait prendre et à faire rouler avant de recevoir un peu de retour. Restons réaliste, c’est un ranch et ça le restera, pas toujours facile de ne pas être dans les nuages. Clint saura y faire lors de nos discussions en travaillant 🙂

Les vaches

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Clint observe des 100 nouvelles vaches après leur reception de la journée

Tous les deux jours ou parfois chaque jour, il faut aussi aller changer les vaches d’aires de pâturage. Il ne faudrait pas qu’elles viennent à être affamées, mais on ne veut pas non plus qu’elles mangent l’herbe au ras si on veut pouvoir en garder et que cela repousse un peu mieux. Il faut aussi faire attention à ne pas laisser une aire trop grande, sinon les vaches ne mangent que les herbes qui leur plaisent et délaissent le reste, alors qu’il faut que tout soit consommé. Des barrières faites de barbelés sont en place en permanences à certains lieux, mais maintenant ils utilisent aussi des barrières électriques, un simple fil électrifié, les vaches ayant eu une ou deux expériences le reconnaissant, cela ne prend pas plus. Cela permet aussi au gré de changer les barrières et de s’adapter au nombre et au climat selon ce qu’il faut nourrir ou abreuver.

Les vaches sont des drôles d’animaux un peu grégaires. Je ne pensais pas que c’était des animaux qui auraient peur des humains juste en s’approchant. Par contre, quand vient le temps du quad après un certain temps, c’est le signal pour un nouveau pré et de la nourriture fraîche, alors bien que méfiante, on peut être sûr d’attirer leur attention.

Le reste

Un nid installé en hauteur, loin des chats!

J’aurais eu le temps d’une journée où il n’y avait pas de barrières ou de vache à bouger à faire deux nids à oiseaux. Retravailler le bois était sympathique et je me suis initié au travail au couteau à bois afin de me servir de deux bûches de bois pour creuser et en faire des nids « naturel ». Au lieu de le construire, je me suis servi de cela.

C’était deux semaines intéressantes que nous avons passées là. Intéressant les discussions sur le principe holistique, les raisons de leur changement, la crise de la vache folle et comment elle a touché les ranchers canadiens. Intéressant de voir comment des clichés peuvent êtres brisés, mais aussi renforcés. Ça m’a donné envie d’avoir des poules, ça permet de faire encore du meilleur compost… 😉

Expérience d’Audrey

Un couple merveilleux qui nous accueillent les bras grands ouverts, un chat, un chien, des poules, des chevaux, des vaches, des prairies à perte de vue, un jardin…

Des souvenirs d’enfant qui remontent à la surface et le cœur d’enfant qui se réveille tous les jours lors de cette deuxième expérience de workaway.

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À chaque mouvement du troupeau il faut déplacer son sel également.

Pendant une quinzaine de jours nous avons donc aidé Karen et Clint dans leur ranch pour différentes tâches. Pendant les premiers jours, j’ai surtout aidé à l’entretien des espaces verts autour de la maison en tondant et du jardin en désherbant.

workaway horizon transition ranchDes le deuxième jour, Karen m’a proposé d’essayer un des deux ATV, sorte de quad, et nous sommes allés derrière chez eux, proche d’un petit lac ou une famille d’oies s’est installée pour l’été. Drôle de sensation de manœuvrer cet engin à 4 roues motrices mais finalement beaucoup de plaisir, je me sentais comme une enfant qui découvrait un nouveau jeu. Avec prudence, je l’ai essayé pour un petit quart d’heure.

Quelques jours après, j’ai aidé Laurent et Clint a enlevé des barrières électriques pour que les vaches aient un nouvel espace vert à brouter.

workaway horizon transition ranchIl a été impressionnant de voir l’empressement des vaches d’avoir accès au nouvel emplacement. Pause, le chien qui est venu avec nous ce jour là, est resté bien sage assis sur le ATV attendant l’ordre de Clint de bouger et d’aller voir s’il ne restait pas des vaches dans l’ancien emplacement.

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Audrey dans un des deux jardins dont elle s’occupait.

Au bout d’une semaine, Clint nous a délégué d’aller enlever quelques barrières et bouger le gros abreuvoir avec le sel grace à l’ATV. Nous nous sommes partagés la conduite de l’ATV et nous avons conduit donc les vaches à un nouvel emplacement grâce au changement de place de l’abreuvoir. C’est impressionnant de voir une centaine de vaches te suivre.

Pendant ces deux semaines, j’ai pris plaisir à aller voir les poules, récupérer leurs œufs et nettoyer leur espace de ponte de temps en temps ; les chevaux pour leur donner un poignée d’avoine, les brosser et leur faire un calin. Tout cela sous une belle température avec la compagnie d’une sorte de petite marmotte qui hiberne et qui émet un tout petit bruit aigu à longueur de journée! Ce n’est pas du tout désagréable et plutôt marrant!

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En plein brossage de chevaux

Tous les soirs, je jouais le répertoire Klezmer à l’accordéon pendant que Karen préparait le repas. Elle adorait! Il est aussi arrivé de jouer du piano dans leur beau salon et j’ai retrouvé dans le sous-sol un orgue électronique comme quand j’étais enfant. Je me suis donc amusée aussi un soir à jouer l’orgue électronique et retrouver des mélodies apprises enfant pendant que nos hôtes et Laurent prenaient un verre de bière!

Avec la machine à coudre de Karen, je me suis amusée à recréer une grosse pochette en toile de jute pour un rangement dans l’escargot, préparer quelques bouts de tissus pour faire des chouchous et surtout appris à partir d’un patron à réaliser une petite robe pour la petite fille de Karen grâce à l’aide de Karen.

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Tel un esprit de famille, nous avons beaucoup apprécié passer ces beaux moments avec Clint et Karen, entre apprentissage, détente, discussion avec toujours une bonne humeur et une ambiance des plus chaleureuses!

 

Monnaies alternatives; comment s’y retrouver?

Avez-vous déjà entendu parler des banques d’heures ? Des systèmes d’échanges locaux ? Du troc ? De l’Accorderie ? De monnaie locale complémentaire ? Ces outils d’échanges, bien qu’ils ne soient pas tous similaires et n’aient pas la même fonction dans leur communauté ; ils font partie de ce que l’on appelle les monnaies alternatives. Lors D’une soirée discussion avec un des fondateurs du Demi gaspésien, Martin Zibeau avait parlé d’avoir « une polyculture économique » dans une communauté afin de l’enrichir. C’est en connaissant leurs différences, mais aussi en sachant comment ils peuvent fonctionner de pairs que l’on comprendre comment cela peut être possible.

C’est là la force de ces systèmes, nouveaux et vieux comme le monde, que de pouvoir exister en complément les uns des autres. L’essor des monnaies locales depuis les dernières années fait beaucoup parler de lui, être utilisable dans les commerces renforce son aura médiatique. Les systèmes d’échanges locaux quant à eux, sont présents dans des communautés depuis des années, des dizaines d’années pour certains. Le mouvement des monnaies locales a pris une nouvelle vie surtout depuis le lancement du mouvement de transition dans les années 2000. Ce mouvement ayant pour but de renforcer la résilience d’une communauté, créer sa monnaie est apparu comme une solution comme étant de soi.

Mais qu’entend-on exactement par monnaie alternative ?

Une monnaie alternative est un moyen d’échange, entre personnes ou entreprises, qui se fait sans passer par l’unité nationale du pays où se déroule l’échange. N’avez-vous jamais fait un échange de ce genre avec un ami : « Est-ce que tu peux m’aider avec ceci et en échange je t’aiderais avec cela. » Sans le savoir, vous avez fait un échange que l’on pourrait dire « alternatif ». Vous avez fait un échange de services. Et c’est exactement ce qu’est un système d’échange local, un SEL (LET en anglais : local exchange trade) ou bien un TROC.

TROC

Le TROC est un échange réciproque entre deux individus. Le TROC peut aussi être un échange d’objet, il n’est d’ailleurs souvent que cela dans la tête de la plupart des gens. On a assimilé le terme qu’à cet usage puisque souvent on s’échange des objets de valeurs que l’on considère comme étant réciproques. Ce qu’il faut garder en tête c’est que lorsque l’on parle de TROC on implique forcément en échange entre deux personnes, il n’y a pas de tiers entre les deux.

SEL

Les systèmes d’échanges locaux quant à eux, sont une volonté d’une communauté de se créer un outil d’échange pour fonctionner en dehors de monde monétaire national. Les SELs sont un réseau de personnes se réunissant et s’échangeant des services. Ce qui implique que le service que vous rendez à X, pourra vous êtes rendu sous une autre forme par une autre personne. C’est ce que l’on appelle une banque de temps. La base étant de se dire que chacun à des talents que l’on peut s’échanger, alors pourquoi passerait-on toujours par le fait de devoir payer pour ceux-là ? En fait, il serait faux de dire que l’on ne paye pas, reformulons : « Pourquoi on devrait dépenser ou gagner des $ pour ce que l’on fait ».

Image de: http://www.lamonnaieautrement.org

Un système d’échange local va être un regroupement de personnes, d’une aire géographique relativement proche, qui vont se réunir et se mettre d’accord sur une unité de mesure commune afin d’échanger leurs services. Il en existe plusieurs, mais la plus commune et la plus juste est le temps. Je fais une heure de jardinage chez toi, en échange de quoi, avec cette heure, je peux demander à une autre personne de faire une heure de conversation anglaise avec moi. Le temps passé à jardiner, j’ai pu l’accumuler dans ma banque de temps afin de la dépenser à converser en anglais. C’est exactement le même principe qu’un compte bancaire usuel, c’est juste que le solde montre le temps accumulé et non pas un montant d’argent.

Mais si c’est pour avoir un compte bancaire, pourquoi ne pas au final continuer d’utiliser son compte « normal » ? Être membre d’un système d’échange local peut être considéré comme un acte militant, mais aussi un désir de vouloir fonctionner autrement. La raison d’exister de ces systèmes est aussi de recréer du lien social, du lien humain, de faire que les gens d’une aire géographique donnée puissent se connaitre. Si vous devenez membre d’un réseau comme celui-ci, vous serez amené à peut-être échanger avec vos voisins, car ils offrent un service dont vous avez besoin. Peut-être ne leur auriez-vous jamais parlé outre mesure sans cela ? La personne à deux coins de rue de chez vous cherchait justement le service de cuisine que vous offrez. C’est aussi pour cela qu’on les appelle Systèmes d’Échanges LOCAL, car ces banques d’heures ne sont pas faites pour fonctionner sur tout le territoire national, mais bien au sein d’une communauté plutôt restreinte.

Ce sont le plus souvent des systèmes autogérés par la communauté, il y a besoin de personne s’investissant pour le tenir à jour si besoin est, mais aussi la communauté ne pourra être d’un nombre trop grand. Entre 60 et 100 personnes semblent être la taille critique pour fonctionner. Trop peu de personnes : on risque de ne pas trouver ce que l’on cherche, on n’y voit pas l’intérêt et on délaisse le système. Tandis que trop de personnes : le système implose, car celui-ci servant à recréer le lien entre les gens, le nombre d’utilisateurs étant trop grand les gens ne se connaissent pas et un certain contrôle est perdu. Il faut aussi savoir qu’un tel système fonctionne aussi sur la confiance. Un premier tri est fait par la volonté des gens à s’échanger des heures et à devenir membre du système, mais si trop de gens en font partie, le lien ne prend pas. Il est peut-être bon alors à ce moment de créer un autre système pour le quartier d’à côté.

Accorderie

La différence entre une Accorderie et le système de SEL n’est pas bien grande et en même temps un fossé les sépare. Une Accoderie est une banque d’heure également, elle sert à recréer le lien entre les gens, à récréer l’esprit de village entre ses membres. Mais alors ? Une Accorderie est un organisme avec une mission ; lutter contre la pauvreté et contre l’exclusion sociale. À la création de la première Accorderie, celle de Québec, ses activités étaient de continuer celles des organismes qui l’avaient créé, à savoir un groupe d’achats et du microcrédit. Cependant, rapidement, les gens y travaillant ont vu l’avantage qu’il y aurait à incorporer un réseau d’échange de service, car cela servirait à tisser du lien entre les membres.accorderie horizon transition

Alors que les SEL pourraient être considérés comme un regroupement de personnes autonomes créant leur communauté, le principe Accorderie a été créé afin de répondre à un besoin social dans un quartier défavorisé de la ville de Québec avec une mission bien spécifique. Simplement, l’ouverture au principe d’échanges de service a permis de répondre à la mission de manière complémentaire à ce qui se faisait jusqu’à devenir le service principal du réseau. Et ce qui fait sa force, tout comme sa faiblesse pour des raisons financières, c’est que le réseau est animé par un ou des salariés. Ce qui permet de faire éclater la limite de membres. La personne salariée sert de lien entre les différents membres et peut organiser une vie associative afin que les gens se rencontrent. De plus, le SEL lui permet de favoriser la mixité sociale en son sein, ce qui répond d’autant mieux à sa mission et ce qui en fait un réseau d’échange de service encore plus riche.

L’Accorderie est finalement un réseau d’échange de service, une banque de temps, mais pousse le fonctionnement un peu plus loin en étant elle même la banque et se permettant de dépenser des heures. Le réseau peut ainsi faire appel à ses membres afin de fonctionner, tout service rendu à l’organisme est payé en heures qui sont elles-mêmes par la suite échangeables en service. Le réseau peut ainsi s’appuyer sur ses membres afin d’être opérationnel et toujours s’aggrandir plus en ayant la mission sociale toujours dans sa ligne de fonctionnement.

Pourquoi utiliser des heures ?

La principale raison d’une banque de temps d’utiliser l’unité heure comme mesure est que nous avons tous 24 h dans une journée. Cela apparaît comme étant le système le plus juste, car une heure pour l’un sera le même temps pour l’autre. Tandis que si l’on devait avoir des valeurs différentes entre les services, on reproduirait le même schème que le système monétaire actuel. Dans une banque d’heures, c’est le temps humain investi à rendre le service qui compte.

Les Monnaies Locales Complémentaires

Les MLC sont ce qui est le plus connu actuellement. Il en existe plus de 5 000 à travers le monde, dont une trentaine existante en France (+ plein de projets en démarrage) et une petite dizaine de projets en cours de démarrage au Québec. Une monnaie locale complémentaire est un moyen d’échange qui est équivalent dans la plupart des cas à la monnaie nationale. Il est possible de les utiliser entre usagers, mais surtout aussi directement dans les commerces. C’est de ces monnaies dont on entend le plus parler en ce moment. Elles sont la volonté d’une communauté de s’armer d’un outil d’échange sur lequel on a un contrôle. C’est les citoyens et les commerçants qui vont décider ensemble des modalités d’échanges. Mais qu’elle est leur but ?

Tout comme le SEL ou une Accorderie, la monnaie locale va fonctionner sur une aire géographique donnée, elle ne doit pas être trop étendue, sinon elle perdrait sa raison d’être, mais elle doit aussi être en harmonie avec le milieu commercial existant. Selon les études, une monnaie locale devrait être sur le territoire d’une région pour bien fonctionner. Ainsi, le commerçant peut dépenser sa MLC avec ses fournisseurs. Le but d’une telle monnaie étant de renforcer l’achat local dans une perspective économique, mais aussi environnementale. Beaucoup de projets de transition, dans leur mission de réduction des énergies fossiles, vont opter pour ce genre de monnaie, car elle favorise le circuit court.

Mais au final pourquoi ne pas continuer à utiliser la monnaie nationale ?

Une monnaie locale sur un territoire, outre de renforcer l’achat local, va aussi être un enjeu citoyen afin de se réapproprier l’outil qu’est l’argent. En utilisant cette monnaie, on peut décider que l’argent dépensé ne sortira pas du territoire, mais aussi qu’il ne sera pas utilisé afin de financer une guerre ou le financement d’un projet non voulu.

Afin d’acquérir une monnaie locale, les citoyens vont échanger leur monnaie nationale contre de la MLC à un comptoir d’échange, ils pourront ensuite dépenser leur argent dans les commerces acceptant cette devise. Le nombre de citoyens et de commerçant l’utilisant est exponentiel, plus y en a, plus y en aura. Plus de citoyen l’utilisant, plus la masse monétaire échangée sera grande ; cela aura pour effet par la suite que si le nombre de commerces l’utilisant est suffisant, l’argent circulera en interne plus facilement. Une monnaie locale tourne 6 fois plus vite qu’une monnaie nationale, car elle n’est pas thésaurisable (il n’y a pas d’intérêt à la garder) In fine, une monnaie locale mature peut servir à financer des projets communautaires et favoriser la vie locale, car l’argent national accumulé peut être utilisé et investit dans des projets en accord avec les valeurs de la MLC.

Monnaies alternatives = Éducation populaire

Bien que l’on comprenne ces différentes distinctions, il reste normal de se demander pourquoi existent-elles et devrait-on les utiliser. Une monnaie alternative, appelons-les : monnaies complémentaires, sont avant tout là pour diversifier les échanges et faire comprendre que lorsqu’on utilise de l’argent, ce n’est finalement qu’un moyen d’échange dans lequel nous avons confiance confiance, nous lui donnons une valeur d’échange.

En agriculture il y un renouveau de ce qu’on appelle la permaculture, en opposition avec la monoculture (simplifions-le ainsi pour l’exemple). On se rend compte qu’il est préférable d’avoir un jardin diversifié afin que les différentes plantes puissent s’aider à pousser : les unes étant favorables aux autres et d’autres repoussant les prédateurs de légumes voisins. Il y en va de même dans nos échanges. Il est important de les diversifier afin que chacun puisse trouver là où il est le plus à l’aise selon les cas. Si telle personne n’a pas d’argent, elle a peut-être un savoir à échanger. En opposition, si la personne n’a pas le savoir que vous voulez, elle a peut-être un jardin et peut vous fournir en légumes, peut-être aussi a-t-elle un ami qui a ce que vous cherchez.

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Éducation populaire et monnaies complémentaires ne vont pas forcément de soi dans la pensée commune. Cependant c’est en utilisant un moyen comme celui-là que l’on peut comprendre plus aisément le fonctionnement de l’argent. Il y a bien sûr la création de la dette et la création monétaire, mais aussi que dans notre vie quotidienne, on a accepté d’utiliser de l’argent sans savoir réellement pourquoi. C’est lorsque l’on comprend que l’on accepte l’argent uniquement parce que l’on sait qu’on peut le dépenser, que l’on peut entrer dans un nouveau système. C’est une question de confiance dans la valeur que vous utilisez.

Nous reviendrons en détail sur chacun des systèmes d’échanges différents afin d’être plus précis sur chacun, mais cela doit déjà permettre de démêler un peu les pensées.

Mais et le Bitcoin ? Et les blockchain ? Et le concept des monnaies libres ?

Oui, ce sont des types de monnaies alternatives, mais nous ne les préconisons par forcement et ne les mettrons pas dans la même catégorie que les concepts ci-dessus. Que ce soit le TROC, les SELs, les Accorderies ou les MLC, elles ont toutes en communs de remettre l’humain au cœur de l’échange et d’être des systèmes favorisant le local. Les monnaies électroniques et le concept de monnaie libre ne rentrent pas dans ces catégories, nous en parlerons plus tard.

Notre voyage intérieur, au centre de méditation vipassana

vipassana québec montebello méditation

Salle de méditation homme

Avant de partir pour la route et voyager à travers le Canada et les USA, nous avons décidé d’aller faire un voyage intérieur au centre de méditation Vipassana à Montebello : 10 jours pour apprendre une technique de méditation qui se passe dans le silence, en ségrégation, dans un beau centre de méditation!

 

Pour commencer, voici un descriptif de la méditation Vipassana selon Wikipédia:

Vipassanā (pāli) ou vipaśyanā (विपश्यना, sanskritch 觀 guānti ལྷག་མཐོང་, lhaktong) désigne dans la tradition bouddhique la « vue profonde »1 ou « inspection »2, ainsi que les pratiques de méditation qui y sont associées. C’est la deuxième étape des pratiques de méditation dans le bouddhisme, qui est utilisée après samatha, « la pacification mentale ». Certains scientifiques étudient aujourd’hui cette méditation issue de la tradition spirituelle orientale et qui est devenue populaire en Occident au xxe siècle, notamment par l’intermédiaire de Mahasi Sayadaw3S. N. Goenka4 et Ajahn Chah5.

Et voici sur le site du cours, un peu moins neutre:

Vipassana, qui signifie voir les choses telles qu’elles sont réellement, est l’une des plus anciennes techniques de méditation de l’Inde. Elle a été redécouverte par Gotama le Bouddha il y a plus de 2500 ans et était enseignée par lui en tant que remède universel pour des maux universels ; c’est un Art de vivre. Cette technique non-sectaire a pour objectif l’éradication totale des impuretés mentales et le bonheur suprême de la libération totale qui en résulte.

Vipassana est une méthode de transformation de soi par l’observation de soi. Elle se concentre sur l’interconnexion profonde entre l’esprit et le corps, dont on peut faire l’expérience directement en portant une attention disciplinée aux sensations physiques qui constituent la vie du corps, et qui sont en interaction constante et conditionnent la vie de l’esprit. C’est ce voyage d’exploration de soi, fondé sur l’observation, pour atteindre la racine commune de l’esprit et du corps, qui dissout les impuretés mentales et résulte en un esprit équilibré plein d’amour et de compassion. Lire la suite

Il est possible d’avoir plus détails sur les possibles et interdits durant le séjour sur le site du centre de Montebello au Québec où nous avons été.
Voici l’horaire d’une journée de méditation:
4 h Réveil
4 h 30 – 6 h 30 Méditation dans votre chambre ou dans la salle de méditation
6 h 30 – 8 h Petit déjeuner et repos
  8 h – 9 h Méditation de groupe dans la salle de méditation
9 h – 11 h Méditation dans la salle ou dans votre chambre, selon les instructions de l’enseignant.
11 h – 12 h Repas
12 h – 13 h Repos et entrevues avec l’enseignant
13 h – 14 h Méditation dans la salle de méditation ou dans votre chambre
  14 h 30 – 15 h 30 Méditation de groupe dans la salle de méditation
15 h 30 – 17 h Méditation dans la salle ou dans votre chambre, selon les instructions de l’enseignant
17 h – 18 h Thé et repos
  18 h – 19 h Méditation de groupe dans la salle de méditation
  19 h – 20 h 15 Discours du professeur
  20 h 15 – 21 h Méditation de groupe dans la salle de méditation
21 h – 21 h 30 Période de questions dans la salle de méditation
21 h 30 Repos – lumières éteintes

 

Expérience d’Audrey

vipassana québec montebello méditation

Entrée principale du centre

A l’été 2014, je réalise mon premier Vipassana et 5 mois plus tard, j’y retourne pour un deuxième. Je décide de servir à Noël 2015. D’ailleurs, c’est à mon retour de ce service que nous avons discuté avec Laurent de la possibilité de voyager ensemble dans la prochaine année.

Ce troisième Vipassana est encore une expérience bien différente des autres fois, avec ses difficultés et ses petites victoires.

Je redécouvre le démon du sommeil qui m’agrippe pendant les 3 premiers jours. Difficile de méditer, dès que je ferme les yeux, position assise en tailleur, le dos droit, cela ne dure pas très longtemps avant que mon corps devienne plus lourd et ne cesse de faire des soubresauts. Les méditations dans la chambre sont plutôt courtes et le lit m’a appelé souvent pour un dodo. Dans les méditations de groupe dans la salle, il a été difficile de garder l’esprit au travail : observer sa respiration c’est-à-dire sentir la respiration naturelle passer dans le nez.

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Salle de repas des filles vu de celle des garçons. Durant les 10 jours, les rideaux sont mis

Puis le 4e et 5e jours, c’est le démon du faire qui a pris le dessus : mon esprit m’emmenait souvent à l’extérieur du centre de méditation, dans le camion, à penser à ce qu’il reste à faire dedans. Je pensais aussi souvent à Québec, à tout ce que j’avais vécu là bas, comme une sorte de bilan et d’accueil de ce nouveau départ, tout en remerciant toutes les personnes qui m’ont accompagnées.
Mais ce n’était pas le temps de faire un bilan de ma vie, l’exercice est de se concentrer et d’observer chaque partie de son corps sans avidité, ni aversion.

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Sentiers de marche

A ce 4e jour, lorsque je commençais à garder mon esprit calme et attentif, une grosse pointe s’amusait à me chatouiller dans le dos. Ne réagis pas, je me disais…être équanime, c’est ce que nous apprenons au Vipassana. Le 5e jour, je n’étais pas du tout équanime d’ailleurs. Cette grosse pointe persistait lorsque je gardais la position assise, mon esprit s’agitait en repensant à la vie à Québec, en pensant à l’avenir, en pensant à ma famille et puis comment Laurent pouvait vivre cette expérience.
Etre au même endroit, avoir le même emploi du temps mais sans se voir pendant 10 jours, insensé! J’ai envie de m’en aller…

Je prenais une marche chaque jour, sur l’heure du midi, je regardais en direction du stationnement et je voyais tous les jours l’escargot : Laurent est toujours là-bas, il n’a pas quitté me disais-je, un sourire au coin des lèvres.

6e et 7e jour, ça va mieux, mon esprit s’affine, je peux sentir les sensations sur mon corps, j’arrive à faire des scans plus précis de chaque partie de mon corps, cette pointe dans le dos apparaît et disparaît, elle est moins forte, elle diminue jusqu’à ne plus que sentir des picotements.

Tu te rends compte que rien n’est permanent, tout est impermanent, tout n’est que changement. Une sensation agréable sur ton corps l’heure d’avant et dix minutes plus tard, ça peut se transformer en une sensation désagréable. C’est la vie et c’est la leçon que Bouddha a enseignée à travers cette ancienne méthode de méditation.

8e et 9e jour, j’avais le goût d’être le dimanche pour retrouver Laurent et appliquer la méditation dans ma vie quotidienne, à travers le voyage.

Le 10e jour, j’ai eu une merveilleuse méditation en matinée avant qu’on rompe le noble silence, après 9 jours de silence, nous pouvions rentrer en contact avec les autres méditants femmes et hommes : la ségrégation était finie…Un peu stressée et enthousiaste de retrouver Laurent, se parler mais sans contact physique!

L’après Vipassana est teinté de très bonnes convictions et intentions de le mettre en application dans la vie quotidienne.

Expérience de Laurent

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Tout est inscrit pour ne pas avoir à parler

Depuis que je connais Audrey, j’avais entendu parler de la méditation Vipassana, ces 10 jours où l’on ne peut parler. Ça me paraissait intéressant, mais vu de loin. Quand j’ai pris connaissance de cette méditation, je venais justement de commencer la méditation transcendantale. Un membre de l’Accorderie de Québec offrait l’initiation à cette technique. Après avoir commencé cela, j’étais dans ma période ou entre 2 emplois je faisais pas mal de Yoga, de course et j’entretenais la méditation comme le veut la technique, 20 min le matin, 20 min le soir. J’en voyais les effets, dans le sens où il y a un certain repos inhérent au fait de méditer, puis c’est aussi un repos mental que l’on s’applique à s’imposer. Je voyais la pratique du matin, comme un réveil en douceur, puis celle du soir, vers 18 h, comme une coupure avec la journée passée, pour me diriger tranquillement vers les activités de soirées.

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Maison des servantes

Ça a duré environ 6 mois… ensuite j’ai commencé mon travail à L’Accorderie de Québec puis les engagements plus militants commençaient à me prendre plus de temps. Donc comme beaucoup, le temps se faisant rare, on choisit, par facilité, comme une fausse excuse, d’arrêter certaines choses. Non pas par volonté ou comme d’un choix global, mais plus par petits coups : « ce matin je suis fatigué », « ce soir, il est déjà tard », « je suis déjà en retard pour le travail », etc. Le système recommençait à s’imposer et à avoir son calendrier que je mettais en avant. Pourtant, dans mon travail, je parlais souvent du temps, puisque nous en sommes une banque, une banque de temps, qu’il est important de se rattacher aux choses importantes pour soi et non pas ce que le système impose. Mais c’était un choix assumé, mon travail me plaisait et ce n’était un assommoir au niveau temps, mais c’est la manière dont je prenais les choses, je pense. Au final la méditation a fini complètement le bord.

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Salle de repas hommes

Mais voilà… le travail maintenant quitté, quasiment 2 ans après, un voyage dans un camion sur le point de débuter ; de nouvelles cartes pour jouer. Audrey avait déjà fait 3 Vipassana et voulait en refaire un, moi lorsqu’une personne disait aller le faire ou venir de le faire je disais que c’était bien, que c’était une bonne chose de se donner ce temps, mais que moi avec le travail ce n’était pas facile. Maintenant, je n’avais plus trop d’excuses et toujours ce tâtonnement, alors quand elle m’en a parlé, je me suis dit que c’était le temps de se lancer à l’eau même si je l’appréhendais beaucoup. Une raison supplémentaire, on partait au mois de mars, et dormir dans un camion dans la fin d’hiver début de printemps nord-américain n’est pas le plus sympathique. Ce serait une extension de 2 semaines avant de passer à l’acte ;)

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Sentier de marche

C’est donc ainsi que le 15 mars nous sommes arrivés au centre Vipassana de Montebello. Un magnifique lieu de l’extérieur, en pleine campagne entourée de forêt. Le centre se trouve être dans les locaux dans l’ancienne Sendbergh, un ancien internat anglophone pour riche famille, le premier ministre Trudeau y a fait son école secondaire.

Dès l’arrivée, deux files sont créées, une pour les femmes et l’autre pour les hommes. À la première étape, on signifie sa présence et on nous donne un petit livret à lire. On y explique ce qu’est la méditation Vipassana et un peu ce que représente les 10 jours à venir, mais surtout à faire comprendre que si on souhaite partir et que l’on ne sent pas capable de tenir, il vaut mieux le faire maintenant, sinon on s’engage à rester les 10 jours. Lorsqu’on s’inscrit sur internet, cette mise en garde est déjà présente une première fois, à savoir qu’il faut rester les 10 jours au complet et que les 9 premiers sont dans le silence, sans contact physique et visuel.

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Chambre garçons, anciens étudiants

La lecture faite, on procède ensuite à l’inscription finale où l’on se fait assigner sa chambre. Généralement ce serait un petit dortoir pour ceux qui le font pour les nouveaux « étudiants » et une chambre de deux personnes pour les anciens.

Arrive ensuite 18 h 30, l’heure du dernier souper pour les 10 derniers jours. C’est ensuite la première séance de méditation où seront expliquées les règles et à partir duquel le « noble silence » est imposé.

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Résidences hommes

Se passeront ensuite les 10 jours, avec une pause au neuvième, lorsque le noble silence est brisé et que l’on peut se parler et que durant l’après-midi le contact avec les filles est possible de nouveau. Je ne reviendras pas sur le point technique, ni sur les conditions, qui sont bien décrites dans les sites comme sur la page Wikipédia et celle des centres de méditations. Si le sujet vous intéresse, je vous conseille d’aller directement sur celui du centre Montebello qui regorge d’information et de liens connexes.

Restent les impressions. Que dire sur ces 10 jours… Bien que content que de les faire, il y avait tout de même une certaine appréhension qui existait. De 6 h à 21 h sans pouvoir lire, écrire, aller faire de longues marches ; juste avoir la possibilité de méditer. Qu’est-ce que j’allais faire lors des moments de soleil dehors ?

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Chemin pour venir au centre

Outre la journée d’arrivée qui ne compte pas, la journée 1 et 2 du cycle des 10 jours ont passé très rapidement, j’ai quasiment dormi les deux jours entiers. J’ai bien essayé de me lever à 4 h 30 pour aller méditer, mais je ne connus pas grand succès. Je me suis réveillé, le premier jour, j’ai essayé, mais je me suis endormi, puis le deuxième jour j’ai pu m’installer, mais je me suis endormi avant de commencer. C’est assez fou la fatigue que l’on peut cumuler dans le corps avec le temps. Les quelques mois d’aménagement du camion puis de préparation du voyage n’auront finalement pas été de repos. Nous n’avons jamais pris une journée de congé pour faire autre chose, le corps me le rappelle. C’est en constatant cela que je me suis dit que l’idée de commencer le voyage par cette étape semblait être une bonne chose.

vipassana québec montebello méditationLes 8 autres jours auront été une alternance entre un grand énervement et une résilience à la situation face laquelle j’étais. Le matin était toujours une belle routine, car les moments s’enchainaient assez rapidement entre le levé, l’heure du petit déjeuner, de la méditation de groupe, du moment de détente puis du dîner. Arrivait cependant par la suite l’après-midi, long et qui se trouve à la fin de la journée. Le principe du cycle des 10 jours de méditations est de laisser à l’étudiant l’entièreté du temps à penser à soi. C’est pour cela qu’il y a la possibilité pour d’autres de venir au centre de Vipassana comme « servant » le temps d’un cycle, afin de servir ; s’occuper des repas, laver et faire certaines tâches quotidiennes. Lorsque l’on est étudiant, durant les 10 jours nous n’avons rien à faire à part de se consacrer entièrement à la méditation. Essayer de concentrer son esprit sur la technique, la technique de méditation propre à la méthode Vipassana. C’est aussi pour cela que l’on ne peut pas se parler, lire ou écrire, il ne faut pas que l’esprit puisse subir un stimulus externe qui l’active.

Même sans stimuli externes, juste le fait de ne pouvoir faire aucune activité vous pousse à être avec vous-même et ce qu’il y a déjà dedans, c’est là que l’on se rend compte que c’est déjà pas mal plein.

vipassana québec montebello méditationLa méditation au cours des 8 jours suivants n’aura pas été des plus facile, car beaucoup de choses se passent dans la tête quand on n’a rien d’autre à faire que d’être confronté avec toutes ses pensées. Un exercice intéressant en début de voyage, mais pas des plus reposant. Entre tous les jours que l’on commence ce que l’on doit faire et le fait de se vider la tête pour laisser pleinement l’exercice méditatif prendre sa place. Le principe de la méditation Vipassana est basé sur la respiration et le ressentit des sensations dans son corps. L’esprit n’a pas toujours été le meilleur allié dans ce ressenti. Heureusement qu’il y avait les aires de marche entre les méditations collectives obligatoires pour pouvoir se laisser aller.

Finalement le processus n’aura pas été si facile, l’appréhension de départ sur le fait que ce ne sera pas facile s’est vérifiée, mais au bout de ces 10 jours, c’est tout de même content que j’en suis sorti. C’est un bon départ pour le voyage qui s’annonce. Il ne reste qu’à mettre en pratique au quotidien ce que l’on aura pu faire durant ce temps passé dans le temple.

Géconomicus, un jeu de création monétaire

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Depuis le lancement du projet de monnaie locale complémentaire Québec, il y a de cela maintenant plus d’un an et demi, j’ai pu voir beaucoup venir à nos différentes rencontres. Il y a autant de raisons que de personnes venues pour que les citoyens s’intéressent à ce projet. Cependant, parmi celles qui peuvent revenir souvent, il y a deux thèmes principaux qui reviennent souvent : la dette et la création monétaire. Lors des présentations publiques ou quand je parle du projet, je mets tout le temps pour ma part le fait que ce projet est une réappropriation citoyenne de l’outil d’échange, que ce projet est également la possibilité à une communauté de réapprendre à fonctionner ensemble. Parler de dette ou de création monétaire dans une rencontre d’information sur la monnaie locale me semblait normal, mais ce n’était pas pour moi le sujet principal. Essayons de parler de ce que l’on peut faire, non pas de refaire un constat de ce qui ne marche pas.

Durant le forum social mondial 2016 à Montréal, certains des membres du groupe avaient participé au jeu Géconomicus, qui était organisé par le Mouvement pour un revenu de base français. Le revenu de base est un projet de plus en plus populaire, qui consiste à donner un revenu d’existence de base à tout un chacun, d’une ville, d’un territoire, d’un pays, in fine à tout le monde. Les membres de MLC-Québec qui avaient participé avaient trouvé cela pertinent et réellement intéressant pour le projet de monnaie locale. C’était une activité, qui sous la forme d’un jeu, permettait de comparer le concept « d’argent dette », notre système actuel, et le concept du « revenu de base ».

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Les joueurs en plein échange!

Après plusieurs rencontres de ceux qui avaient participé durant le forum social, c’est donc le samedi 4 mars que nous nous sommes retrouvés à une petite douzaine de membres du projet à jouer à ce jeu durant 3h. Nous étions les cobayes de cette première expérience à Québec. Un jeu que nous avons joué entre membres actifs du projet de monnaie locale complémentaire à Québec afin de pouvoir noter tout ce qui pourrait être à changer ou améliorer afin que des personnes extérieures au projet puissent en tirer la meilleure expérience possible.

Le jeu Géconomicus se déroule en deux tours de jeux, chaque tour représentant un système monétaire.

Le but du jeu est de créer le plus de valeurs économiques possibles. Pour cela, chaque joueur, doit acheter et vendre des cartes valeur du même paquet, afin de constituer un « carré » de quatre cartes identiques. À chaque « carré » obtenu, le joueur gagne une carte du paquet de la valeur supérieure (voir la feuille d’aide des valeurs).

Le premier tour du jeu, nous devons acquérir le plus de bien économique possible en achetant des « maisons » à chaque fois que nous possédons 4 cartes identiques. Ce tour, c’est le tour capitaliste, chaque joueur ne débute pas avec le même montant d’argent en main et s’il souhaite avoir plus d’argent pour faire des échanges, il doit emprunter à la banque, on ne peut emprunter que par 4, il faudra alors rembourser 5 à la banque.

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Les valeurs tournent

Le deuxième tour de jeu est quant à lui pareil dans son objectif, mais la manière d’acquérir de l’argent est différente. On reçoit de l’argent, la même somme pour tous, au début de chaque tour. Il y aussi une petite particularité, c’est que nous 4 valeurs de billets, mais seulement 3 par tour, il y a un changement des valeurs de chaque billet à chaque tour, ce qui fait qu’une valeur est éliminée des mains de chaque joueur à a fin de chaque tour afin de laisser place à la nouvelle.

Pour tout ce qui est explication plus approfondie des règles et du jeu, je laisserais les sites spécialisés en parler, ou même à venir à une des séances organisées dorénavant par MLC-Québec. Je me restreindrais seulement à une analyse succincte de ce que nous avons constaté lors du retour sur le jeu après les deux tours. Si vous souhaitez jouer sans ne rien savoir sur ce que vous pourrez constater durant le jeu, je vous conseille d’arrêter la lecture.

Que dire ?

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Audrey et Laurent en plein échange.

Le banquier veille!

S’il fallait faire un retour rapide, je dirais simplement : on se prend au jeu. Géconomicus me semble intéressant dans le sens ou c’est un jeu avant tout lorsqu’on le fait pour la première fois. Le premier tour de jeu, alors que l’on peut emprunter au banquier pour avoir plus d’argent afin d’échanger plus de cartes, est un bel exemple à petite échelle de ce que l’on peut faire dans notre société de consommation. Aussi comment on peut faire le pari de réussir un carré afin d’échanger d’avoir plus de maisons. Cependant, on devient vite stresser à la fin de chaque tour, car il faut au minimum rembourser l’intérêt d’argent emprunté à la banque. J’ai démarré mon premier tour sans argent, j’ai dû emprunter à la banque dès le départ. À la fin de la première manche, j’ai remboursé l’emprunt total, plus l’intérêt.Au fur et à mesure que le jeu allait, plus j’ai emprunté, mais les fois d’après j’étais embourbé, je ne pouvais rembourser que l’intérêt d’argent emprunter.

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Une fois le carré acquis, une maison et des nouvelles cartes!

J’ai finalement payé plus d’intérêts que ce que j’avais emprunté. Ce qui était un point commun entre les autres joueurs, seul deux n’avaient pas emprunté. Une première démonstration de ce jeu lors du retour, c’est la banque qui s’est le plus enrichie durant le jeu. Son seul rôle avait été de prêter de l’argent, qu’elle n’avait pas forcément, mais elle s’est créé un pécule avec nos intérêts.

Durant ce tour ça été drôle de voir, et moi le premier, que nous avons pour la plupart essayé de penser à nous en premier et à sauter sur la moindre occasion pour acquérir des cartes afin de faire des carrés. Dès qu’un joueur arrivait avec de nouvelles cartes, on essayait de voir ce qu’il avait avant les autres.

Durant le deuxième tour, nous commencions un peu avec la même effervescence qu’au premier, mais plus les manches allaient plus l’ambiance s’est calmée. Quand chacun commence le tour en recevant de l’argent, le concept de dette n’existe plus, il ne faut pas se dépêcher d’acquérir ou d’échanger afin de pouvoir rembourser la banque. Il y a un concept de valeur tournante et bien qu’au départ je pensais qu’il n’était pas bon de garder les valeurs qui allaient sortir, je me suis rendu compte que cela n’avait au final n’a pas tant d’importance, car la valeur qui sort c’est celle qui avait le moins de valeur durant la manche.

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t’as quoi dans ton jeu?

Lors du premier tour, les résultats démontreront au final qu’il y aura eu des faillites et beaucoup d’inégalités. Certain avaient, d’autres quasiment rien, et la banque avait le plus. Les résultats du deuxième tour auront montré que bien que chacun avait sa manière de jouer, au final, tout s’est balancé, il n’y a pas ou quasiment pas de disproportion entre les joueurs quant aux avoirs. Certains pensaient avoir moins et d’autres plus, mais lorsque les résultats sont sortis ça a été une surprise de voir l’homogénéité des résultats.

Géconomicus est un jeu qui vaut vraiment la peine d’être testé, il faut pouvoir lui réserver un peu de temps, mais l’expérience est enrichissante. Que l’on soit intéressé ou pas par le concept de monnaie, celui-ci peut très bien être vu comme un simple jeu si l’on ne veut pas aller plus loin, mais aussi comme une explication empirique du fonctionnement de la création monétaire. C’est également une première explication pratique au concept de monnaie libre, du revenu de base.

Toilette à compost

En démarrant un projet comme celui-ci, considérer l’essence que nous consommerons fait un peu pâlir le mot transition dans le projet. Cependant, à force de lecture et d’envisager la vie dans un camion, on se fait petit à petit à l’idée, qu’outre l’essence, mais nous serons peut-être plus écolos dans notre mode de vie que ce que nous étions en appartement.  Nous pourrons produire notre électricité nos besoins, mais une chose plus dure à imaginer lorsque l’on est sédentaire dans une ville, nous ne serons plus des « tout à l’eau ».

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Un siège…

Avec la concentration de population dans les bourgs il y eut rapidement un problème de salubrité qui s’est dévoilé.  Alors que dans la campagne, on peut faire ses besoins dans un coin sans en produire une quantité énorme, les bourgs de l’époque se sont vite retrouvés avec des montagnes d’excréments. Savez-vous d’où vient le mot cul-de-sac qui nomme une rue avec une impasse? C’était des toilettes à aire ouverte. Savez-vous pourquoi les chapeaux et les bottes sont devenus un code vestimentaire dans les villes? Les chaudières renfermant les besoins de la nuit étaient jetées par les fenêtres et dans les grandes villes les excréments étaient très présents. On a lors mis en place des égouts.

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Une toilette!

L’égout a été la solution aux problèmes de salubrité causés par les excréments, par leur concentration due à la densité de population des villes.  Sauf que là ou une petite quantité peut suivre un cycle de décomposition normal pour redevenir du compost, une concentration trop importante devient un poison et un contamineur de sol. Ce que l’on appelle maintenant le « tout-à-l’égout », le « tout à l’eau » est ce phénomène moderne ou nous mettons une panoplie de chose dans l’eau. Car tout ce qui se trouve dans la nourriture que vous mangez s’y retrouve, mais aussi les médicaments et tous les produits chimiques que vous pouvez prendre. Beaucoup utilisent aussi la toilette comme une poubelle qui fait disparaitre tout. Résultat des courses; l’eau est un fourre-tout contaminé qu’il faut traité énormément.

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Un sceau tout simplement

Les toilettes sèches sont une solution à cette problématique. Vous faites vos besoins dans un bac où vous y mélangerez du brun, un produit sec (sciures, chaux, terre, un mélange, etc.) et le tour est joué. Une fois plein vous le mettez dans un bac à compost et vous laissez faire la nature, dans quelques mois vous vous retrouvez avec un engrais à mélanger pour vos plantes ou à remettre avec de la terre dans le sol. Si le mélange est bien fait, il n’y a pas d’odeur, car quand vous allez aux toilettes, ce qui peut être une source d’odeur nauséabonde et s’intensifier, c’est le fait que cela soit dans l’eau et que ça fermente. Prenez un caca de chien dehors, cela ne sent rien quand c’est sec. Ce qu’il faut c’est avoir la bonne quantité pour le mélange.

Avoir une toilette sèche en ville c’est pas le plus facile, tout est déjà installé pour être relié aux égouts, on n’a pas tous accès à des compostières. Les législations ne sont pas toutes aidantes et permissives en ce sens non plus.  Bref, pas facile d’utiliser ce système simplement. Dans le jardin collectif où nous étions membres, il y avait auparavant une toilette sèche qui a dû être retirée suite à la plainte d’un voisin, car cela pouvait être dangereux pour les enfants qui pouvaient tomber dedans… Depuis, à la place, c’est une belle toilette chimique, pleine d’un liquide obscur qui reçoit les besoins. Il faut bien sûr faire appel avec une compagnie qui vient la vider, alors qu’avant il n’y avait qu’à retourner à la terre le tout….

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À gauche la sciure, à droite la toilette

C’est pourquoi nous avons fait notre toilette sèche transportable qui sera dans le camion! Alors oui, ce n’est pas forcément une nécessité, on peut toujours aller dans les lieux publics. Sauf que nous nous sommes dit que si jamais on était forcé de dormir en pleine ville, ce pourrait toujours être salutaire. Si on est sur la route, si on est en pleine nature et qu’il y a une tempête on pourra toujours être installé. Le principe de ce petit meuble est tout simple, fermé il sert de banc et une fois ouvert il a un espace ou est stocker la sciure de bois et un autre compartiment ou se trouve un sceau prêt à accueillir nos dons! Concrètement, on ira aux toilettes, on couvrira de sciure et on fermera le tout. Une fois plein, on trouvera un endroit pour faire du compost. On ne participera plus, enfin, beaucoup moins, au tout-à-l’égout, ce sera une source de pollution en moins de notre part et nous sommes bien contents!

Dumpster diving, déchétarisme; éviter le gaspillage

À Montréal pour quelques jours et en train de penser aux projets que nous allons mener dans les mois à venir, j’avais pour mission d’aller chercher de la farine pour faire le pain ce soir. Je me promenais dans Villeray en direction de l’épicerie zéro déchet tout en me disant que je pourrais peut-être faire les ruelles en m’y rendant, passer derrière les commerces voir ce que je pourrais y trouver. Bonne pioche! 1 coin de rue avant ladite épicerie, une boulangerie à fait mon bonheur. J’y ai trouvé des caisses d’une tartinade aux noisettes qui fera le bonheur d’une demoiselle, mais aussi une quantité astronomique de pain! Puis soulevant le tout, j’y ai trouvé une poubelle remplie de légumes frais.

Des caisses de tartinades aux noisettes… la poubelle verte à droite en était remplie également

J’en ai rempli une caisse et me suis doucement dirigé vers l’appartement en me faisant une liste de ce que j’avais encore besoin pour ce soir. Tout d’abord, primordiale, du vinaigre blanc afin de laver les légumes, on en mélange un peu avec de l’eau et plein de légumes que l’on pensait impropres à la consommation sont comme neuf pour votre assiette! Il nous faudra des fruits également, il n’y en a plus. 

Du pain pour la semaine! On remet un peu d’eau dessus et au four!

 

 

 

J’ai déposé les légumes à l’appartement et me suis dirigé au Provigo à quelques rues d’ici. Afin de continuer sur ma lancée, je suis passé par-derrière voir si les poubelles étaient accessibles. Pas de chance un compacteur à déchets… Je passe mon chemin, mais juste derrière je vois une poubelle avec des chaines. On peut soulever un peu et là…. une mine d’or 🙂 Je n’aurais finalement que du vinaigre et de la confiture à acheter. 

Dumpster diving en anglais, déchétarisme en français

dumpster diving, poubelle légume

Une poubelle de supermarché, triste…

Le gaspillage alimentaire est une des grosses problématiques de notre mode de consommation, il est plus avantageux pour un magasin de jeter que de donner. Nous produisons tellement qu’il y a un surplus d’invendus qui finisse dans les poubelles. Depuis des années maintenant, dans les milieux urbains surtout, de plus en plus de monde profite de tout ce gaspillage pour se nourrir gratuitement. Une revendication politique, pourquoi consommerions-nous alors que vous gaspillez? Nous le faisions parfois à Québec, il y a quelques magasins, quelques supermarchés qui ont les poubelles accessibles, il faut en profiter. Cela peut rebuter, car ça vient des poubelles, mais une fois lavé, il n’y a pas à s’en faire. Il faut toutefois rester vigilant, car des magasins mal intentionnés ont la fâcheuse manie de mettre de l’eau de javel dessus afin que personne ne puisse les consommer. 

45 % de ce qui est produit au Canada sera destiné à finir dans une poubelle

Alors que dans les pays pauvres et en voie de développement le gaspillage est souvent à la source, dans les pays riches, c’est au niveau des consommateurs que se trouve le gaspillage. Notre mode de consommation nous pousse parfois à tellement accumuler que nous ne savons plus ce que nous avons et des choses peuvent arriver à pourrir. 

Glanage et grappillage

Ce n’est pas un phénomène nouveau, même si lorsque l’on parle de « dumpster », c’est l’image plus urbaine qui nous vient. Il existe même deux mots bien distincts en français pour parler de cela. On fait du glanage lorsque l’on ramasse les légumes laissés par les agriculteurs dans leurs champs et on parle de grappillage quand on va cueillir les fruits restant sur les arbres. Alors que l’on s’occupe de ce que l’agriculteur a laissé sans forcément le vouloir, c’était quelque chose d’apprécié, car le glanage permettait de nettoyer le champ avant de pouvoir ressemer.  Agnes Varda en a fait un excellent documentaire : Les glaneurs et la glaneuse.

Glaner sa nourriture dans les poubelles ce peut être pour des raisons économiques, mais ce peut aussi être comme un acte politique. Voir la montagne d’aliments jetés peut parfois donner la nausée quand on sait le nombre de personnes qui souffrent de maltrunition ou alors qui n’arrive pas à se nourrir correctement. Chaque tomate prise dans une poubelle, c’est comme une petite victoire, encore une qui aura une chance de faire du compost!

Un groupe d’étudiant de l’université Laval se réunit une fois par semaine pour faire les poubelles dans Québec et cuisiner ensemble. Cela afin d’offrir gratuitement un repas aux étudiants. C’est environ 60 à 80 étudiants qui peuvent ainsi profiter d’un bon repas. Pour plus d’infos, allez voir la page du Collectif de minuit.

L’escargot et Horizon iront voir dans les autres villes si la pratique du dumpster est aussi courante que cela et quelles sont les facilités pour. Ce pourra surement être une bonne entrée en matière pour découvrir de nouveaux projets de transition.