The Works; le musée de l’expérience

Grâce à un heureux hasard, lors de notre visite à la Toronto Tool Library, nous avons rencontré deux américaines, elles venaient de Minneapolis et venaient chercher des informations ici à Toronto. C’est en discutant avec elles que nous nous sommes rendus compte que notre passage à Minneapolis ne pourrait pas se faire sans passer l’endroit où elles travaillaient: The Works. Un organisme à but non lucratif qui se dédie à faire découvrir aux enfants les différents phénomènes de la science par le biais de l’expérience. Ce n’est pas courant que l’on voit ça, de plus, elle venait à Toronto pour prendre de l’information afin de développer un makerspace à l’intérieur de celui-ci !

C’est ainsi que nous avons finalement mis Minneapolis sur notre route alors que nous n’en étions pas sûrs et c’est surement notre ville préférée pour le moment ! Le passage au Works et la gentillesse de Frances Knaeble, la personne que nous avons rencontrée et qui nous a servi de guide lors de notre passage au Works n’a que pu aider cette impression !

The Works se trouve au 9740 Grand Ave. S. Bloomington, MN 55420, au sud de Minneapolis ; c’est un grand bâtiment de 3 étages qui abrite cet espace d’apprentissage ! Le Works existe depuis quelques années, mais seulement depuis 2 ans à cet endroit, toujours à la recherche d’un lieu plus grand, il semble que celui-ci soit leur maison pour un bon moment.

Le rez de-chaussée vous accueille avec une construction géante en Kynex, un grand huit avec une dizaine de parcours possibles qui peut subjuguer des heures et des heures ! Heureusement Frances est venue nous chercher, car nous serions surement encore en train de regarder les billes se déplacer dans cette construction géante ! Vous avez par la suite tout l’espace qui est dédié aux expositions ; on parle d’exposition, mais c’est en fait de minis ateliers qui permettent aux enfants d’expérimenter tout en s’amusant. Le sous-sol est quant à lui occupé par deux salles de classe qui permettent de donner des ateliers thématiques aux classes qui viennent, et il s’y trouve également la salle de repas afin de manger le midi. Le premier étage quant à lui est occupé en partie par les bureaux, mais aussi pour le moment par deux grandes salles à peine occupées qui seront aménagées pour être le fameux futur makerspace.

The Works est un espace accueillant des classes et des familles, mais aussi des camps d’été et des activités thématiques. L’ouverture à un atelier se veut aussi être une possibilité de réunir une population un peu plus diversifiée et peut-être des gens plus âgés pourront venir partager leur savoir avec les plus jeunes générations.

C’est certainement un organisme qui mérite d’avoir des jumeaux. Si vous êtes de passage à Minneapolis et que vous avez dépassé l’âge cible, on vous conseille fortement tout de même d’aller les voir, cela peut donner de bonnes idées et aussi expérimenter comme des enfants!

Voici une vidéo de 16min avec Frances Knaeble, développeur de projets à The Works, notamment celui de makerspace, qui répond à nos questions.

Monnaies alternatives; comment s’y retrouver?

Avez-vous déjà entendu parler des banques d’heures ? Des systèmes d’échanges locaux ? Du troc ? De l’Accorderie ? De monnaie locale complémentaire ? Ces outils d’échanges, bien qu’ils ne soient pas tous similaires et n’aient pas la même fonction dans leur communauté ; ils font partie de ce que l’on appelle les monnaies alternatives. Lors D’une soirée discussion avec un des fondateurs du Demi gaspésien, Martin Zibeau avait parlé d’avoir « une polyculture économique » dans une communauté afin de l’enrichir. C’est en connaissant leurs différences, mais aussi en sachant comment ils peuvent fonctionner de pairs que l’on comprendre comment cela peut être possible.

C’est là la force de ces systèmes, nouveaux et vieux comme le monde, que de pouvoir exister en complément les uns des autres. L’essor des monnaies locales depuis les dernières années fait beaucoup parler de lui, être utilisable dans les commerces renforce son aura médiatique. Les systèmes d’échanges locaux quant à eux, sont présents dans des communautés depuis des années, des dizaines d’années pour certains. Le mouvement des monnaies locales a pris une nouvelle vie surtout depuis le lancement du mouvement de transition dans les années 2000. Ce mouvement ayant pour but de renforcer la résilience d’une communauté, créer sa monnaie est apparu comme une solution comme étant de soi.

Mais qu’entend-on exactement par monnaie alternative ?

Une monnaie alternative est un moyen d’échange, entre personnes ou entreprises, qui se fait sans passer par l’unité nationale du pays où se déroule l’échange. N’avez-vous jamais fait un échange de ce genre avec un ami : « Est-ce que tu peux m’aider avec ceci et en échange je t’aiderais avec cela. » Sans le savoir, vous avez fait un échange que l’on pourrait dire « alternatif ». Vous avez fait un échange de services. Et c’est exactement ce qu’est un système d’échange local, un SEL (LET en anglais : local exchange trade) ou bien un TROC.

TROC

Le TROC est un échange réciproque entre deux individus. Le TROC peut aussi être un échange d’objet, il n’est d’ailleurs souvent que cela dans la tête de la plupart des gens. On a assimilé le terme qu’à cet usage puisque souvent on s’échange des objets de valeurs que l’on considère comme étant réciproques. Ce qu’il faut garder en tête c’est que lorsque l’on parle de TROC on implique forcément en échange entre deux personnes, il n’y a pas de tiers entre les deux.

SEL

Les systèmes d’échanges locaux quant à eux, sont une volonté d’une communauté de se créer un outil d’échange pour fonctionner en dehors de monde monétaire national. Les SELs sont un réseau de personnes se réunissant et s’échangeant des services. Ce qui implique que le service que vous rendez à X, pourra vous êtes rendu sous une autre forme par une autre personne. C’est ce que l’on appelle une banque de temps. La base étant de se dire que chacun à des talents que l’on peut s’échanger, alors pourquoi passerait-on toujours par le fait de devoir payer pour ceux-là ? En fait, il serait faux de dire que l’on ne paye pas, reformulons : « Pourquoi on devrait dépenser ou gagner des $ pour ce que l’on fait ».

Image de: http://www.lamonnaieautrement.org

Un système d’échange local va être un regroupement de personnes, d’une aire géographique relativement proche, qui vont se réunir et se mettre d’accord sur une unité de mesure commune afin d’échanger leurs services. Il en existe plusieurs, mais la plus commune et la plus juste est le temps. Je fais une heure de jardinage chez toi, en échange de quoi, avec cette heure, je peux demander à une autre personne de faire une heure de conversation anglaise avec moi. Le temps passé à jardiner, j’ai pu l’accumuler dans ma banque de temps afin de la dépenser à converser en anglais. C’est exactement le même principe qu’un compte bancaire usuel, c’est juste que le solde montre le temps accumulé et non pas un montant d’argent.

Mais si c’est pour avoir un compte bancaire, pourquoi ne pas au final continuer d’utiliser son compte « normal » ? Être membre d’un système d’échange local peut être considéré comme un acte militant, mais aussi un désir de vouloir fonctionner autrement. La raison d’exister de ces systèmes est aussi de recréer du lien social, du lien humain, de faire que les gens d’une aire géographique donnée puissent se connaitre. Si vous devenez membre d’un réseau comme celui-ci, vous serez amené à peut-être échanger avec vos voisins, car ils offrent un service dont vous avez besoin. Peut-être ne leur auriez-vous jamais parlé outre mesure sans cela ? La personne à deux coins de rue de chez vous cherchait justement le service de cuisine que vous offrez. C’est aussi pour cela qu’on les appelle Systèmes d’Échanges LOCAL, car ces banques d’heures ne sont pas faites pour fonctionner sur tout le territoire national, mais bien au sein d’une communauté plutôt restreinte.

Ce sont le plus souvent des systèmes autogérés par la communauté, il y a besoin de personne s’investissant pour le tenir à jour si besoin est, mais aussi la communauté ne pourra être d’un nombre trop grand. Entre 60 et 100 personnes semblent être la taille critique pour fonctionner. Trop peu de personnes : on risque de ne pas trouver ce que l’on cherche, on n’y voit pas l’intérêt et on délaisse le système. Tandis que trop de personnes : le système implose, car celui-ci servant à recréer le lien entre les gens, le nombre d’utilisateurs étant trop grand les gens ne se connaissent pas et un certain contrôle est perdu. Il faut aussi savoir qu’un tel système fonctionne aussi sur la confiance. Un premier tri est fait par la volonté des gens à s’échanger des heures et à devenir membre du système, mais si trop de gens en font partie, le lien ne prend pas. Il est peut-être bon alors à ce moment de créer un autre système pour le quartier d’à côté.

Accorderie

La différence entre une Accorderie et le système de SEL n’est pas bien grande et en même temps un fossé les sépare. Une Accoderie est une banque d’heure également, elle sert à recréer le lien entre les gens, à récréer l’esprit de village entre ses membres. Mais alors ? Une Accorderie est un organisme avec une mission ; lutter contre la pauvreté et contre l’exclusion sociale. À la création de la première Accorderie, celle de Québec, ses activités étaient de continuer celles des organismes qui l’avaient créé, à savoir un groupe d’achats et du microcrédit. Cependant, rapidement, les gens y travaillant ont vu l’avantage qu’il y aurait à incorporer un réseau d’échange de service, car cela servirait à tisser du lien entre les membres.accorderie horizon transition

Alors que les SEL pourraient être considérés comme un regroupement de personnes autonomes créant leur communauté, le principe Accorderie a été créé afin de répondre à un besoin social dans un quartier défavorisé de la ville de Québec avec une mission bien spécifique. Simplement, l’ouverture au principe d’échanges de service a permis de répondre à la mission de manière complémentaire à ce qui se faisait jusqu’à devenir le service principal du réseau. Et ce qui fait sa force, tout comme sa faiblesse pour des raisons financières, c’est que le réseau est animé par un ou des salariés. Ce qui permet de faire éclater la limite de membres. La personne salariée sert de lien entre les différents membres et peut organiser une vie associative afin que les gens se rencontrent. De plus, le SEL lui permet de favoriser la mixité sociale en son sein, ce qui répond d’autant mieux à sa mission et ce qui en fait un réseau d’échange de service encore plus riche.

L’Accorderie est finalement un réseau d’échange de service, une banque de temps, mais pousse le fonctionnement un peu plus loin en étant elle même la banque et se permettant de dépenser des heures. Le réseau peut ainsi faire appel à ses membres afin de fonctionner, tout service rendu à l’organisme est payé en heures qui sont elles-mêmes par la suite échangeables en service. Le réseau peut ainsi s’appuyer sur ses membres afin d’être opérationnel et toujours s’aggrandir plus en ayant la mission sociale toujours dans sa ligne de fonctionnement.

Pourquoi utiliser des heures ?

La principale raison d’une banque de temps d’utiliser l’unité heure comme mesure est que nous avons tous 24 h dans une journée. Cela apparaît comme étant le système le plus juste, car une heure pour l’un sera le même temps pour l’autre. Tandis que si l’on devait avoir des valeurs différentes entre les services, on reproduirait le même schème que le système monétaire actuel. Dans une banque d’heures, c’est le temps humain investi à rendre le service qui compte.

Les Monnaies Locales Complémentaires

Les MLC sont ce qui est le plus connu actuellement. Il en existe plus de 5 000 à travers le monde, dont une trentaine existante en France (+ plein de projets en démarrage) et une petite dizaine de projets en cours de démarrage au Québec. Une monnaie locale complémentaire est un moyen d’échange qui est équivalent dans la plupart des cas à la monnaie nationale. Il est possible de les utiliser entre usagers, mais surtout aussi directement dans les commerces. C’est de ces monnaies dont on entend le plus parler en ce moment. Elles sont la volonté d’une communauté de s’armer d’un outil d’échange sur lequel on a un contrôle. C’est les citoyens et les commerçants qui vont décider ensemble des modalités d’échanges. Mais qu’elle est leur but ?

Tout comme le SEL ou une Accorderie, la monnaie locale va fonctionner sur une aire géographique donnée, elle ne doit pas être trop étendue, sinon elle perdrait sa raison d’être, mais elle doit aussi être en harmonie avec le milieu commercial existant. Selon les études, une monnaie locale devrait être sur le territoire d’une région pour bien fonctionner. Ainsi, le commerçant peut dépenser sa MLC avec ses fournisseurs. Le but d’une telle monnaie étant de renforcer l’achat local dans une perspective économique, mais aussi environnementale. Beaucoup de projets de transition, dans leur mission de réduction des énergies fossiles, vont opter pour ce genre de monnaie, car elle favorise le circuit court.

Mais au final pourquoi ne pas continuer à utiliser la monnaie nationale ?

Une monnaie locale sur un territoire, outre de renforcer l’achat local, va aussi être un enjeu citoyen afin de se réapproprier l’outil qu’est l’argent. En utilisant cette monnaie, on peut décider que l’argent dépensé ne sortira pas du territoire, mais aussi qu’il ne sera pas utilisé afin de financer une guerre ou le financement d’un projet non voulu.

Afin d’acquérir une monnaie locale, les citoyens vont échanger leur monnaie nationale contre de la MLC à un comptoir d’échange, ils pourront ensuite dépenser leur argent dans les commerces acceptant cette devise. Le nombre de citoyens et de commerçant l’utilisant est exponentiel, plus y en a, plus y en aura. Plus de citoyen l’utilisant, plus la masse monétaire échangée sera grande ; cela aura pour effet par la suite que si le nombre de commerces l’utilisant est suffisant, l’argent circulera en interne plus facilement. Une monnaie locale tourne 6 fois plus vite qu’une monnaie nationale, car elle n’est pas thésaurisable (il n’y a pas d’intérêt à la garder) In fine, une monnaie locale mature peut servir à financer des projets communautaires et favoriser la vie locale, car l’argent national accumulé peut être utilisé et investit dans des projets en accord avec les valeurs de la MLC.

Monnaies alternatives = Éducation populaire

Bien que l’on comprenne ces différentes distinctions, il reste normal de se demander pourquoi existent-elles et devrait-on les utiliser. Une monnaie alternative, appelons-les : monnaies complémentaires, sont avant tout là pour diversifier les échanges et faire comprendre que lorsqu’on utilise de l’argent, ce n’est finalement qu’un moyen d’échange dans lequel nous avons confiance confiance, nous lui donnons une valeur d’échange.

En agriculture il y un renouveau de ce qu’on appelle la permaculture, en opposition avec la monoculture (simplifions-le ainsi pour l’exemple). On se rend compte qu’il est préférable d’avoir un jardin diversifié afin que les différentes plantes puissent s’aider à pousser : les unes étant favorables aux autres et d’autres repoussant les prédateurs de légumes voisins. Il y en va de même dans nos échanges. Il est important de les diversifier afin que chacun puisse trouver là où il est le plus à l’aise selon les cas. Si telle personne n’a pas d’argent, elle a peut-être un savoir à échanger. En opposition, si la personne n’a pas le savoir que vous voulez, elle a peut-être un jardin et peut vous fournir en légumes, peut-être aussi a-t-elle un ami qui a ce que vous cherchez.

monnaie locale horizon transition
Éducation populaire et monnaies complémentaires ne vont pas forcément de soi dans la pensée commune. Cependant c’est en utilisant un moyen comme celui-là que l’on peut comprendre plus aisément le fonctionnement de l’argent. Il y a bien sûr la création de la dette et la création monétaire, mais aussi que dans notre vie quotidienne, on a accepté d’utiliser de l’argent sans savoir réellement pourquoi. C’est lorsque l’on comprend que l’on accepte l’argent uniquement parce que l’on sait qu’on peut le dépenser, que l’on peut entrer dans un nouveau système. C’est une question de confiance dans la valeur que vous utilisez.

Nous reviendrons en détail sur chacun des systèmes d’échanges différents afin d’être plus précis sur chacun, mais cela doit déjà permettre de démêler un peu les pensées.

Mais et le Bitcoin ? Et les blockchain ? Et le concept des monnaies libres ?

Oui, ce sont des types de monnaies alternatives, mais nous ne les préconisons par forcement et ne les mettrons pas dans la même catégorie que les concepts ci-dessus. Que ce soit le TROC, les SELs, les Accorderies ou les MLC, elles ont toutes en communs de remettre l’humain au cœur de l’échange et d’être des systèmes favorisant le local. Les monnaies électroniques et le concept de monnaie libre ne rentrent pas dans ces catégories, nous en parlerons plus tard.

Horizon transition, et si on allait voir aut’part, aut’chose?

C’est le premier pas vers le lancement de l’aventure! Bienvenue sur Horizon transition, un site qui va relater un voyage à venir, dans d’autres contrées à la découvertes de manières de faire différentes. Apprendre et partager, deux valeurs que nous souhaitons partager via ce site et les médias que nous utiliserons.

Horizon transition, c’est un projet à deux, un projet nouveau pour nous, un essai hors de ce qui nous est connu; à commencer par le monde des automobiles.

– Voyager, oui, mais loin et puis pour faire découvrir non?
– Voyager longtemps?
– Voyager écolo!
– Avec un peu de confort tout de même, non? Oui, mais comment?
– On pourrait y aller en vélo?
– … Achetons un camion!
– Oui bonne idée!

C’est après un dialogue proche de celui-ci, sur plusieurs mois, que l’idée d’acheter un camion nous est parvenu comme étant un choix qui irait bien avec le genre de projet que nous souhaiterions mener. Le site racontera également l’histoire de ce camion, humblement appeler L’escargot, pour l’emblème de la décroissance et de lenteur que cet animal évoque.

Le but du voyage, les apprentissages, la modification du camion, les bons et les mauvais coups, tout cela sera sur le site; une sorte de journal intime des temps modernes, mais avec une finalité que nous voyons déjà comme but; aller au devant des différentes initiatives menant à la transition et vous les partager. Dans nos expériences ici, à Québec, nous avons déjà pu constater qu’il existe beaucoup de choses, que beaucoup de personnes veulent faire,mais que les initiatives et les gens ne sont pas souvent en relation par manque d’information.